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Les Timbrés de l'Orthographe
Eric-Emmanuel Schmitt a parrainé la deuxième édition du concours des « Timbrés de l’orthographe ». Il a coprésenté la grande finale nationale du 16 juin 2012.
Le texte de la dictée, un inédit d’Eric-Emmanuel Schmitt, ne sera pas un parcours d´obstacles. Accessible et instructif, il aura pour principal objectif de procurer un maximum de plaisir aux participants. Au terme de cette ultime épreuve, quatre récompenses seront remises dans chacune des quatre catégories : le timbre d’or, le timbre d’argent, le timbre de bronze et le prix spécial du jury.
Voici le texte pour tous les mordus de l'orthographe
ADIEU À LA TERRE
Il avait quitté son mas, son champ de dahlias rouges et de colchiques rosés, ses bosquets et prairies parfumés où il aimait accomplir de longues balades. Désormais, il ne remplirait plus sa vieille besace de pommes de pin tombées au sol, d’amandes sauvages, de champignons charnus. En effet, il avait, sans un remords, abandonné sa terre d’adoption pour retourner à la ville d’où il était parti il y a quelques décennies de cela. (fin dictée cadets)
Quelle volte-face inattendue ! Depuis des années, avec une constance dépourvue d’ambiguïté, Georges avait investi dans sa ferme à fonds perdu et, quoiqu’il fût nouveau sur ces coteaux provençaux, ses rares voisins pensaient avoir affaire à un paysan passionné, profond, opiniâtre, peu exubérant, qui finirait par faire fructifier des terres sèches que nulles alluvions ne nourrissaient. Récemment, sur ces arpents qu’étaient censés avoir enrichis l’engrais et l’arrosage fréquent, il n’avait obtenu que de maigres récoltes.
Certains raillaient son amateurisme.
– De même qu’on ne fait pas sauter les culs-de-jatte en hauteur, on ne transforme pas un citadin en paysan ! (fin dictée juniors)
Le vigneron répliqua :
– Votre explication ne me convainc pas. Je ne crois pas qu’aucun agriculteur en ait jamais fait autant. S’il n’avait engagé aucuns frais, j’admettrais que Georges se détourne, qu’il voie une autre solution, qu’il acquière vite un appartement en ville. Mais lui…
Quels que soient, quelque obscurs qu’aient pu paraître, aux esprits gourds des villageois, les méandres de sa pensée, le résultat était là : Georges partait et laissait quelque trois mille ares derrière lui. Adieu pénates adorés ! Adieu coteaux ! Adieu effluves embaumés de la mer !
Certains assuraient que sa femme l’avait découragé. Celle-ci n’avait pas la cote, manquant de thuriféraires et multipliant les sycophantes. Le jour des au revoir, sous les myrobolans mirobolants, peu importait que Georges flânât ou qu’il se hâtât, les yeux des voisins se dirigeaient vers son épouse. Tout heureuse, toute couverte de soie dorée, perchée sur de hauts talons fuchsia, elle s’était frotté les mains en public, s’était laissée aller à chantonner à tue-tête, et s’était même crue autorisée à klaxonner le long du chemin.
Cependant, les plus subtils se demandaient encore : pourquoi ?