Odette Toulemonde et autres histoires

Résumé

'Cher monsieur Balsan,
Je n'écris jamais car, si j'ai de l'orthographe, je n'ai pas de poésie. Or, il me faudrait beaucoup de poésie pour vous raconter l'importance que vous avez pour moi. En fait, je vous dois la vie. Sans vous je me serais tuée vingt fois.
Odette Toulemonde
'

La vie a tout offert à l'écrivain Balthazar Balsan et rien à Odette Toulemonde. Pourtant, c'est elle qui est heureuse. Lui pas. Leur rencontre fortuite va bouleverser leurs existences.

Huit récits, huit femmes, huit histoires d'amour. De la petite vendeuse à la milliardaire implacable, de la trentenaire désabusée à une mystérieuse princesse aux pieds nus en passant par des maris ambigus, des amants lâches et des mères en mal de filles, c'est une galerie de personnages inoubliables qu'Eric-Emmanuel Schmitt poursuit avec tendresse dans leur quête du bonheur.

 

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Commentaires

Pierre Vasseur - « C’est votre premier recueil de... »

C’est votre premier recueil de nouvelles…

EES. Les nouvelles, c’est un peu comme l’aquarelle. Il faut gâcher beaucoup de papier pour parvenir à en réussir une. Avec celles-ci, j’ai trouvé le style d’expressio qui me convenait le mieux : la nouvelle-destin. Une nouvelle constitue un précipité de destinée. Raconter en trente pages une vie entière. Moi qui préfère suggérer que d’écrire, ça me va particulièrement bien.

Celles-ci sont nées d’une curieuse manière…

Oui, pendant le tournage et le montage de mon film (NDLR Odette Toulemonde, avec Catherine Frot, sortie début 2007). Lorsque j’ai signé le contrat, on m’a dit : « Bien sûr, pas question d’écrire. » C’était de la provocation !

Ces Histoires traduisent toute une quête du bonheur ?

(Il site une réplique du livre.) « C’est un beau jour de pluie ! » Plus j’avance dans la vie, plus j’ai une source de joie qui est l’émerveillement et presque la reconnaissance d’être en vie. Mais ces huit nouvelles décrivent toutes la complexité des êtres. Aucun personnage n’est enfermé dans un seul aspect. Il y a toujours l’aspect contraire.

Vous n’avez pas peur du mystère…

Non, ni même d’emmener le lecteur vers les fins comme des trappes qui s’ouvrent. J’ai confiance dans la sensibilité de celui-ci. J’ai un doctorat de philosophie mais, lorsque je me suis mis à écrire, ‘ai choisi de m’exprimer à travers la fiction, c'est-à-dire la métaphore. Il faut provoquer une impulsion, une émotion qu’il va ensuite habiter.

Odette Toulemonde est inspirée d’une vraie rencontre ?

Un jour, je dédicaçais mes livres sur les bords de la Baltique. J’étais triste parce que je me retrouvais tout seul pour mon anniversaire. Une dame s’est approchée, endimanchée, et m’a tendu une lettre décorée de guirlandes et d’anges, avec un cœur en mousse rouge à l’intérieur. J’ai eu une pensée affreuse, je me suis dit « Est-ce que je mérite des lectrices pareilles ? » Une heure après, dans ma chambre d’hôtel, j’ai ouvert cette lettre. Elle était magnifique. Et ce cœur en mousse, j’ai passé la nuit avec.

Critiques

Lire - « Odette et les autres »

Huit nouvelles dans lesquelles Eric-Emmanuel Schmitt décrit l’humanité. Un regard salvateur !

{...}Ecrivain mélomane, conversant fréquemment avec Mozart, scrutateur des âmes, et subtil raconteur d’histoires, Eric-Emmanuel Schmitt possède l’art du dialogue, autant que celui du portrait. Sa prose musicale donne matière à des fictions au dénouement surprenant, où dominent des personnages empreints d’une poignante humanité. Souvent confrontés à la maladie, à la solitude ou à la mort de leurs proches, ils tentent de se reconstruire en se noyant dans le regard salvateur d’autrui. Ainsi son recueil de nouvelles Odette Toulemonde et autres histoires touche au cœur comme à l’intelligence. Il décrit des êtres secrètement blessés qui s’interrogent sur leur avenir en s’ouvrant à leurs semblables.{... Résumé des nouvelles...}
Quant à cette Odette Toulemonde qui donne son titre au livre, elle finira par rencontrer son auteur préféré. Ensemble, ils partageront une histoire sentimentale inattendue et bouleversante.
Eric-Emmanuel Schmitt en profite pour fustiger les critiques littéraires qui vilipendent et ridiculisent les écrivains dits populaires, dont la générosité fait tant de bien à celles et ceux qui s’arriment à leur livres comme à des bouées de sauvetage. Ces huit histoires, paraboles sur la notion d’avenir, à l’optimisme salvateur {…}, réconcilieront les amateurs de romances et des défenseurs d’un romanesque inventif, dépouillé d’artifices. C’est beau, c’est vrai. Odette Toulemonde, qui est au départ, un film réalisé par Eric-Emmanuel Schmitt (sortie prévue début 2007) et qu’il a voulu transformer en livre, possède la grâce et la force visuelles des grands textes littéraires.

Jean-Rémi Barland

Le Parisien-Aujourd'hui - « Eric-Emmanuel Schmitt a ému sa tribu »

Eric-Emmanuel Schmitt a ému sa tribu 

Hier soir, 20h30, avenue des Champs Elysées (Paris VIIIe)Ah le beau vacherin ! S’il a un petit creux lors de son retour à Bruxelles, Eric-Emmanuel Schmitt, qui dédicaçait hier soir au Virgin Megastore son premier recueil de nouvelles, Odette Toulemonde et autres histoires (Albin Michel), aura de quoi faire profiter toute la rame. Car il en va ainsi de chacune de ses signatures : une fan offre systématiquement un fromage à l’écrivain, qui prend un plaisir visible, à converser avec ses lecteurs. Hier, il a rendu à César ce qui était à César, c'est-à-dire à Laurent Bonelli, directeur de la librairie du magasin. « Je lui dois d’être là, c’est lui qui m’a convaincu, lorsque j’ai commencé à écrire des romans, qu’il était bon d’aller à la rencontre du public. A l’époque, je lui avais dit : « Vous croyez que ça intéresse les gens ? »
Ca, oui ! En témoigne cette ferveur patiente partagée pendant près de trois heures par un lectorat très varié. Venue du Val d’Oise, Franca, employée durant trente deux ans aux ressources humaines d’une compagnie d’assurance, louait « une façon d’écrire avec des mots simples qui amènent à réfléchir sur tous les sujets ». Vincent, trente ans, chef d’entreprise en région parisienne, a découvert Schmitt grâce à son épouse. Elle lui avait fait lire L’Evangile selon Pilate (Albin Michel).
Avec ce nouveau livre qui démarre en flèche, et dont l’une des nouvelles sera bientôt un film Odette Toulemonde, en salles le 7 février prochain, la tribu féminine d’Eric-Emmanuel Schmitt s’agrandit encore. Mais il y avait beaucoup d’hommes hier soir. Aussi émus que ces dames lorsque le romancier et dramaturge, embrassant du regard quelques trois cents interlocuteurs, déclara sous les applaudissements : « Au fond, je vais au tout par l’écriture…Je ne peux pas vous le dire autrement. »

Pierre Vasseur

La Libre Belgique - « Femmes, femmes, femmes »

… Conteur né, doué pour raconter des histoires d’apparence toutes simples mais qui présentent une philosophie de vie, il égrène huit destins de femmes, huit portraits contrastés avec, chaque fois, un grain de sel qui bouleverse tout et un suspense dont le dénouement surprend et charme. Schmitt sait ménager les surprises à ses lecteurs. On passe avec plaisir de la richissime veuve revenue chez le peintre de ses premiers amours, à la vieille qui croit que son double dans un miroir est une voleuse ou à l’histoire du vrai-faux Picasso qui peut changer une vie. Parmi les nouvelles surprenantes, celle de la comtesse aux pieds nus qui offre une nuit de rêve, et celle, en rupture de ton avec les autres, des prisonnières du goulag qui écrivent « le » seul livre pour lequel elles ont du papier et un crayon. Mais que vont-elles y placer à l’intention de leurs filles ? Réponse dans le livre concocté par Schmitt.
Dans chaque nouvelle, il y a un portrait, une tranche de vie, quand le bonheur ou le malheur peut dépendre de trois rien, du hasard, de la chance, de la capacité à choisir son bonheur. Avec des hommes souvent pleutres ou veules et des femmes qui souffrent mais qui sont toutes à la recherche des choses simples qui peuvent apporter un peu de soleil…

Guy Duplat

Dernières Nouvelles d'Alsace - « Le goût du bonheur »

Dans son premier recueil de nouvelles, Eric-Emmanuel Schmitt retrace l’histoire de femmes à la recherche du bonheur et il nous raconte que seule une histoire d’amour peut franchir les barrières et les préjugés sociaux.
… Il n’est pas facile de dépeindre une vie en 30 pages. Il en a toutefois trouvé la mesure et à le lire, grâce à son style d’une grande force visuelle, on se croirait au cinéma.
… Alors qu’auparavent tous ses héros de roman étaient des hommes, il se glisse dans la peau de ces huit femmes au caractère souvent complexe. Il ne les juge pas, mais montre avec justesse, sensibilité et tendresse leurs désarrois, leurs réussites, leurs ratages. Face à elles des hommes vus à travers le prisme de leurs regards, de leurs élans, de leurs passions. Ils ont parfois le beau rôle et savent aimer au prix de toutes les difficultés, mais souvent, ils partent, mentent, trahissent.
… Ce goût du bonheur, cette joie du rapport à la vie, l’auteur avec sa maîtrise du dialogue et du portrait réussit à nous les transmettre. Il nous touche au cœur. Alors, si vous n’avez pas le moral « Schmittez vous… »

Jean-Pierre Bouteiller

Le magazine des livres - « L'essentiel est ailleurs »

Des romans pour monsieur et madame « tout le monde »… Cette critique-là, Eric-Emmanuel Schmitt a dû l’entendre et la lire plus souvent qu’à son tour. Lui qui a courageusement décidé, il y a déjà longtemps, qu’il était possible de faire de la « vraie » littérature avec des beaux sentiments.

Comme il n’est pas un écrivain tout à fait comme les autres, Eric-Emmanuel Schmitt sait mettre en scène ses propres fêlures…et les tourner à son avantage, cela va sans dire. A cet égard, Odette Toulemonde, la nouvelle qui donne son titre à ce recueil, est une indéniable réussite.

…Comme dans tous ses autres romans, l’essentiel est ailleurs. Car rien n’intéresse autant Eric-Emmanuel Schmitt que la grâce. Sa force. Sa capacité à sourdre là où on l’attend le moins. Sa capacité de rédemption, plus que tout…La vie ne se programme jamais, nous expose-t-il en substance. La grâce n’est jamais là ou quand on l’attend. Ni pour le commun des mortels, ni pour les écrivains qui semblent ronronner sur l’autoroute du succès. Eric-Emmanuel Schmitt n’est pas qu’une grosse berline tape à l’œil qui fonce vers le best-seller suivant. A sa manière, en entraînant à sa suite son lectorat, il cherche désormais autre chose…

Frédéric Ploton

L'Express - « Toulemonde aime »

Quand il s’essaie à la recherche du bonheur au féminin, Eric-Emmanuel Schmitt joue encore au « serial seller ». 
Il est l’un des dramaturges français les plus joués dans le monde. Egalement romancier, essayiste et scénariste, mélomane parfois, philosophe toujours, Eric-Emmanuel Schmitt a l’art de plaire chevillé à la prose sous toutes ses formes. Prolifique, le « serial seller » ne s’était pourtant jamais essayé à la nouvelle. Avec Odette Toulemonde et autres histoires, c’est désormais chose (bien) faite. Inspiré de son premier long-métrage, Odette Toulemonde- qui sortira en février 2007- ce recueil de huit récits décline avec une poésie rafraîchissante la recherche du bonheur au féminin.
Schmitt le fort en thème ne rate pas ses développements : nourris de réflexions simples sur le destin, l’amour et la rédemption, ils font passer la pilule métaphysique avec une fantaisie gracieuse. Et une sincérité touchante. Anne Berthod

Sud Ouest Dimanche 2 Décembre 2006 - « L'écrivain du bonheur »

Eric-Emmanuel Schmitt. Il séduit aussi bien les adolescents que les adultes. Incursion dans un univers qui flirte ave le conte philosophique et le romanesque, avec des personnages vrais.

Arrêtez de parler de succès. Il ne fait pas une course de vitesse, Eric-Emmanuel Schmitt, ni un tremplin au kilo de livres vendus. Schmitt c’est un écrivain aimé de ses lecteurs. On attend ses livres comme l’explosion d’une myriade de petites boules de bonheur. Une cure d’espérance malgré des histoires parfois graves dont le dénouement n’a jamais rien de simpliste, ni de convenu, et pour lui, la jolie certitude « que de très jeunes lecteurs aiment mes livres, ce qui est particulièrement réjouissant vu les sollicitations qui les assaillent. »{...}

La vie rose. La recherche du bonheur procède à la fois du bon sens et de la curiosité de soi. Odette Toulemonde n’a certainement pas lu la Lettre à Ménécée, pourquoi s’embarrasser d’Epicure lorsqu’un écrivain suscite de telles joies ? Mais alors, le romancier est-il à l’image de ce qu’il écrit ? Cette brave Odette qu’il n’en est rien. Son Balthazar Balsan est un malotru qui a apparemment oublié son appartenance au vulgaire genre humain. La petite vendeuse de Charleroi professe la nécessité de bien vivre, et d’être artisan de son aptitude à la sérénité.{...}

L’angoisse de la mort habite ce tourmenté qui cultive une grâce heureuse qui lui vient de ses jeunes années : « On ne quitte pas l’enfance, on la garde en soi. Il suffit de rouvrir le tiroir pour retrouver non pas ses souvenirs, mais cette attitude confiante qui nous définissait alors. » Ses personnages meurent beaucoup, à l’instar de ce petit Oscar sauvé de la morbidité et de la peur par la dame Rose. Avec une justesse de ton et cette espèce d’évidence déconcertante : J’ai l’impression année après année, d’ajouter de nouveaux âges aux précédents sans les perdre pour autant. »

Parce qu’il a d’abord écrit pour le théâtre –« contrairement à certains comme, Le Clézio, j’accepte l’idée d’être dépossédé de mon travail »- ses romans sont brefs, à la fois légers et lourds de sens.  Il peut aussi bien passer de la prose au théâtre, du scénario à la caméra, de la partition musicale au livret, de Freud à Molière, et de Proust à Mozart, de Diderot à Schubert. Et il adore les nouvelles. A tel point qu’en tournée de promotion, il trimballe dans son sac à dos la compilation de nouvelles de Dino Buzzati.{...}

L de Montvert-Chaussy

evene - « Odette Toulemonde »

A première vue, elles sont bien banales toutes ces petites histoires que nous raconte Eric-Emmanuel Schmitt. A première vue, ils sont bien communs ces messieurs et mesdames Tout-le-monde qui se baladent entre ses lignes. Mais au fil de ses oeuvres, l'écrivain a prouvé que l'essentiel n'était pas là, devant nos yeux, mais juste un peu plus loin. Un peu plus loin, derrière ces huit nouvelles, s'agitent nombre de réflexions sur nos vies, sur l'amour et la sincérité ; fourmillent quantité de personnages confrontés à la solitude, à la maladie, à la perte d'un proche...
Ici et là, la métaphysique revêt ses plus simples habits. En tenue légère, elle devient gracieuse. Les contes de Schmitt donnent le sourire et revigorent. Et c'est tant mieux. Mais plus loin encore, ils donnent à réfléchir. Et si parfois, la chute tombe à plat et que l'on se voudrait moins assisté dans notre vie de lecteur, reste que triomphe la pertinence, la justesse des mots et l'empreinte d'un écrivain profondément humaniste. Quant à 'Odette Toulemonde', la nouvelle qui donne son titre au recueil, elle n'est certes pas la plus originale, mais montre à quel point Eric-Emmanuel Schmitt ne manque pas d'(auto)dérision. Clin d'oeil soutenu à l'importance des relations qui unissent l'écrivain et ses lecteurs.
Joli pied de nez aux détracteurs de l'auteur qui l'accusent d'être un 'serial-seller' dispersant ça et là des histoires racoleuses parce que salvatrices. Semblable au Balthazar Balsan détrôné par le critique littéraire Olaf Pims, Schmitt serait-il un écrivain pour 'les pauvres d'esprit, les concierges, les caissières et autres coiffeuses qui collectionnent les poupées de foire ou les photos de crépuscule' ? Peu importe la réponse, Eric-Emmanuel Schmitt ne s'était jamais essayé à l'art de la nouvelle et c'est un succès avec ces huit récits de femme en quête de bonheur.

Mélanie Carpentier

L'Hebdo - « Cher monsieur Toulemonde »

Cher monsieur Toulemonde 

Eric-Emmanuel Schmitt publie des nouvelles qu’on aurait adoré détester, mais qu’on a aimé aimer. 

C’est clair. C’est le genre d’auteur qu’on adorerait détester. Agaçant à force de facilité, suspect d’être si populaire, insupportablement gourou lorsqu’il évoque ses expériences mystiques avec Dieu, simplificateur en s’attaquant à Hitler ou Mozart, bien dans sa peau de chauve charismatique. En plus, il écrit mieux que Marc Levy, son concurrent dans la catégorie des auteurs français stars.
Mais voilà. Le dernier livre d’Eric-Emmanuel Schmitt est une succession de huit nouvelles tout à fait piquantes, émouvantes, efficaces. On en rit en lisant, on pleure, on s’interroge. De sacrément bonnes histoires. Chacune pourrait donner lieu à un film épatant, avec du suspense, des sentiments forts, des retournements de situation inattendus.
(…) Huit nouvelles, autant d’histoires d’amour, autant d’héroïnes féminines inoubliables. Eric-Emmanuel Shmitt sait y faire, il connaît son métier et l’humanité. La dernière page tournée, un seul agacement : c’est déjà fini. On ne va pas lui en vouloir en plus. 

L’Hebdo (Suisse)Nov 2006

Isabelle Falconnier

even.fr-interview- - « De l'écriture cinématographique »

“Tous choisis sur notre physique !” s’exclame Eric-Emmanuel Schmitt en apprenant qu’il est rédacteur en chef d’un jour sur Evene entre Monica Bellucci et Carla Bruni... Un recueil de nouvelles touchées par la grâce, ‘Odette Toulemonde et autres histoires’. Une perle cinématographique du même titre sur les écrans le 7 février. Dramaturge, écrivain, philosophe et désormais réalisateur : un succès sur lequel il revient en toute simplicité...

Comment passe-t-on de Mozart à Odette Toulemonde ?

Face à Mozart, j’étais Odette Toulemonde, un être humain ordinaire qui reçoit la nourriture d’un artiste qui l’aide à vivre. Notre rapport à l’art est beaucoup plus essentiel et nourrissant qu’admiratif. Je lis, j’écris, pour explorer l’humanité dans sa diversité, pour satisfaire ma curiosité des autres. Je n’ai pas l’impression d’avoir changé de sujet, mais plutôt de forme. Vous êtes passé à la nouvelle… Après m’être beaucoup cherché dans cet art. C’est un genre très difficile. J’ai écrit de nombreuses nouvelles sans pour autant y trouver ma place. Puis, j’ai compris que je devais de nouvelles flèches au lecteur-cible pour toucher sa réflexion et ses émotions. Ainsi, mes nouvelles débouchent sur une trappe. J’avais besoin de prendre un accident de vie qui permet de raconter tout le destin en question…

On a le sentiment qu’‘Odette Toulemonde et autres histoires’ est un condensé de votre oeuvre…

C’est une vraie synthèse de ce que le roman et le théâtre m’ont appris. Le théâtre m’a appris l’économie, la précision du trait et le romanesque m’a appris à manier le temps. C’est d’ailleurs pour cela je pense que ça n’arrive que maintenant.

Vous évoquez notamment le milieu de l’art de façon très critique ?

Je déteste tous les milieux constitués comme milieu. Je trouve qu’à partir du moment où les hommes s’assemblent et se constituent en milieu : leurs oreilles poussent. Ils deviennent troupeau. J’ai horreur de la culture-club. Un club pour lequel il faut faire acte de conformité culturelle afin d’en obtenir la carte et aimer la même chose que les autres. Et surtout pas la même chose que les autres. Cette possession ésotérique de la culture me semble être une véritable escroquerie. Il ne faut pas vivre le mouvement de snobisme ou identitaire comme une chose définitive et nécessaire. Essayer de faire le tri dans ce qui nous constitue pour aller vers le mieux : c’est ce que l’on appelle l’humanisme.

Olaf Pims, le critique littéraire dans ‘Odette Toulemonde’ est un membre à part entière de ce type de club, non ?

Oui, il fait un merveilleux numéro de méchanceté qui ourle la phrase, tend la pensée. Littérairement, la méchanceté est merveilleuse. Mais, je dirais qu’il est lui-même inconscient du mépris que sa critique véhicule : mépris sexiste, social et artistique. Pour lui, Balthazar écrit pour des imbéciles : des femmes qui exercent de petits métiers. Il fait preuve de mépris artistique puisqu’il ne prend pas en compte l’oeuvre de Balzan sous prétexte qu’elle est accessible. Il est le triomphe de la forme sur le fond.

Il reproche à Balzan de connaître un succès populaire…

Une pathologie française qui touche non seulement le monde des arts mais aussi celui des affaires. On déteste la tête qui dépasse. D’ailleurs on voit une tête qui dépasse plutôt que voir quelqu’un qui réussit ce que soi-même on cherche à réussir. On ne parvient pas à se dire que le succès crée une dynamique. Il faut aimer le succès.

Vous est-il déjà arrivé d’être confronté à de telles critiques ?

A mes débuts, j’ai été reconnu par la critique. Comme j’insistais et que j’avais du succès : je m’en suis pris plein la figure. J’ai dû me construire et me convaincre qu’il ne fallait pas que je leur ressemble. Je n’allais pas devenir cynique et expéditif dans le jugement pour intégrer ce monde. Je devais conserver la patte qui me fait écrire : cette émotivité, cette empathie, cette forme de candeur. Tout écrivain connaît un moment de lutte, sinon il tombe dans le cynisme. Ce qui est le cas de beaucoup d’ailleurs (rires).

Balthazar est un écrivain en pleine crise ?

Ce n’est pas tant la crise d’un écrivain que la crise d’un homme de la quarantaine qui se rend compte que tout ce qu’il a bâti ne le rend, au fond, pas heureux. Si dans son oeuvre il y a l’essentiel, dans sa vie c’est le grand vide. Ce qui m’intéressait, c’est la crise de la quarantaine quand on a construit quelque chose et qu’on se rend compte que l’on a fait fausse route et qu’on a construit la mauvaise maison.

’Odette Toulemonde’ sort le 7 février au cinéma. Vous n’aviez pas peur de frustrer l’imaginaire de vos lecteurs en leur livrant des images ?

J’y ai beaucoup réfléchi. Je ne sais pas si j’ai trouvé la solution mais en tout cas j’ai emprunté une piste avec ce premier film. J’ai toujours reproché au cinéma de remplir notre imagination, contrairement aux livres qui la stimulent. J’écris de façon brève et suggestive. Je me suis dit que j’allais aborder cet autre langage qu’est le cinéma, cet art réaliste, en gardant le même style. Souvent, ce n’est plus le réel que je filme mais ce qu’il y a dans la tête d’Odette. Elle s’envole quand elle est heureuse… Ces images sont suggestives car vidées de leur réalisme. Je fais du cinéma dans la continuité de mon travail d’écrivain.

Cette fois, vous avez dû travailler en équipe ?

Pathé m’avait fait un casting de pointures. Difficile de les choisir en fonction de leurs capacités. J’ai choisi sur un feeling humain : ceux qui étaient généreux et que ça amusait de faire le premier film d’un écrivain. Au début, nos échanges étaient essentiellement littéraires. Je leur expliquais ce que je voulais de façon poétique. Je n’avais pas les moyens techniques de leur dire les choses. A la fin du tournage, je faisais le vieux routier. J’avais assimilé leur vocabulaire. Mais je savais parfaitement depuis le début ce que je voulais et on m’a laissé faire ce que je voulais.

Le personnage de Jésus est présent dans le film, pas dans la nouvelle. Pourquoi ?

Joséphine Baker est le coeur rendu audible d’Odette. Jésus est son coeur rendu visible. Ma façon de fuir le réalisme. Ce personnage, que je fais passer pour le concierge de l’immeuble, n’existe, en fait, que dans l’esprit d’Odette. La première fois qu’elle le voit, elle est en train de dévorer le dernier livre de Balzan. Jésus, lui, fume un joint en regardant la lune. Quand Balthazar vient se réfugier chez Odette, Jésus lave les pieds des voisins de l’immeuble. Quand Odette parvient à arracher un sourire à Balthazar, Jésus marche sur l’eau… Jésus, c’est la bonté, la générosité d’Odette, son altruisme.

Odette Toulemonde/Catherine Frot : un rôle sur mesure ?

Je disais souvent à Catherine : “T’as pas laissé une miette ?” et elle me répondait : “Non, j’ai mangé tout le gâteau !” Elle adorait ce personnage. On a passé trois mois à trouver son habillement, sa coiffure et la danse. On n’a jamais autant filmé les chevilles de Catherine, ses jambes, sa nuque. Odette devait frôler le ridicule et, à d’autres instants, on devait se rendre compte qu’elle est une jolie femme. On a travaillé les contradictions : cucul et noir à l’intérieur. J’avais en tête le prince Myschkin de Dostoïevski : l’idiot dont tout le monde se moque parce qu’il est candide. J’aime évoquer ces fontaines d’altruisme, de bienveillance, de générosité qui sont facilement l’objet de risée.

Joséphine Baker pour l’ambiance musicale du film ?

Je savais dès le début qu’Odette aurait un jazz-band à l’intérieur et que cette voix serait noire et lumineuse. Joséphine Baker symbolise la candeur, les plaisirs du corps, le jardin d’Eden. J’adore son dynamisme vital.

Avec ce recueil centré sur la quête du bonheur, vous allez encore passer pour un optimiste invétéré…

Les femmes de ce recueil ne cherchent pas le bonheur. Elles rencontrent, à un moment de leur vie, la grâce. Depuis que j’ai compris qu’être optimiste est un combat et que l’on peut être critiqué pour cela, je suis ravi de l’être. Ni l’optimisme, ni le pessimisme ne sont des savoirs. On ne sait rien de plus quand on est optimiste que lorsqu’on est pessimiste. Ce sont des attitudes face à un même diagnostic : la vie est difficile, pleine de douleurs, finit mal et la plupart des êtres humains sont trompeurs. Je vois, dans l’optimisme, la volonté de ne pas se résoudre à la laideur du monde, de ne pas vouloir être désenchanté. Il faut fuir l’indifférence et la lassitude. L’optimiste fait travailler son imagination puisqu’il sollicite le réel beaucoup plus que le pessimiste. Mon optimisme fait partie de mon humanisme.

En contrepartie, vous évoquez plus que jamais la maladie et la mort…

C’est le balancier : l’esprit et le corps. Le corps n’est pas qu’un réservoir de jouissance. Il est également source de vulnérabilité et de souffrance. Je ne veux pas concevoir que nos vies sont immortelles et en bonne santé. Elles sont en mauvaise santé et leur durée dépend assez peu de nous. Penser continuellement à cette fragilité me rend plus humain, plus proche de l’autre, plus proche de la réalité de ce que je suis.

En opposition avec Michel Onfray qui considère le corps comme la seule valeur légitime au dépens de l’âme ?

Il faut admettre la condition humaine dans ce qu’elle a de mystérieux. Mystère de la vie, de la mort et du sens. C’est en faisant le veuvage des pseudo-vérités que j’ai commencé à me sentir bien. Tant que j’étais dans l’espoir de changer la vie, j’étais en refus de la condition humaine. Accepter sa condition de corps qui est à la fois outil de jouissance - et je ne m’en prive pas - et instrument de souffrance : c’est le début de la sagesse. Le discours idéologique qui consiste à choisir soit le christianisme doloris soit le libertinage sensualiste de Michel Onfray est une baudruche !

‘Ma vie avec Mozart’ et la musique, ‘Odette’ et le cinéma. Vous avez besoin de transversalité dans les arts…

De transversalité et de paradoxes. Toujours dans les tensions. J’ai fait cette histoire d’Odette parce que je pensais qu’elle ne pouvait être visible vraiment qu’au cinéma. Il me fallait les couleurs, les sons et les mouvements. C’est elle qui m’a poussé vers le cinéma.

‘Odette’ le recueil, ‘Odette’ le film : deux projets nés simultanément ?

J’ai écrit l’histoire pour l’écran. Il ne m’était pas destiné. Je l’ai proposé à Gaspard de Chavagnac. Chaque fois qu’un metteur en scène parlait du film, il le réduisait à un seul de ses aspects : comédie sociale, comédie comique, film poétique, comédie romantique… Mais le film devait être tout cela à la fois. On ne pouvait réduire le langage que je mettais en place. On m’a incité à le réaliser moi-même. Ce qui n’effrayait personne, sauf moi. Au début du tournage, j’étais fou de bonheur. 70 personnes étaient au service de l’histoire que j’avais inventée. 15 ans que j’étais seul. J’avais pitié de moi au passé. Puis, je me suis dit que c’était bien de faire des trucs seul (sourire). J’ai donc, en marge du film, écrit les nouvelles. L’idée de pouvoir gérer seul un monde imaginaire, rien que par la plume, me paraissait un privilège incroyable.

Vous avez d’autres projets cinématographiques ?

Je finis une histoire originale pour le cinéma. Je pourrais puiser dans mon fond de pièces ou de romans, mais je crois que, pour trouver mon cinéma, il faut que je l’invente pour l’écran. Je veux trouver ma pensée cinématographique. J’ai posé les premières pièces avec ‘Odette’. “L’art nous aide à vivre” : c’est ce que vous ressentez aujourd’hui ?Je suis porté par ce que je fais mais je suis également porté par une énergie créatrice qui est en moi et dont je suis témoin. Tout ça me dépasse. Certains soirs il faut m’assommer. C’est fatigant. La vie s’en chargera… de m’assommer.

La Manche Libre - « Le don de l'enchantement »

… Point commun entre ces nouvelles : l’amour. L’amour humain, conjugal, filial, maternel, haussé à son plus haut degré de pureté, et donc d’efficacité, sans qu’il soit besoin de destins hors du commun ou d’individus d’exception. L’amour comme réponse salvatrice à des êtres souffrant secrètement.
S’il est un mot qui puisse résumer la prose de Schmitt, c’est bien celui de respect : de la langue, des lecteurs, des êtres. De tous les êtres. Surtout les plus démunis.

La Manche Libre

Publications

  • En langue albanaise, publié par Toena Publishing House
  • En langue allemande, publié par Fischer Taschenbuch Verlag, traduit par Ines Koebel
  • En langue anglaise (US), publié par Europa
  • En langue bulgare, publié par Lege Artis
  • En langue castillane, publié par Ediciones Destino
  • En langue chinoise (caractères simplifiés), publié par Citic Press
  • En langue coréenne, publié par Balgunsesang Publishing Co
  • En langue chinoise, publié par Chasse Litte
  • En langue danoise, publié par  Arvids Forlag
  • En langue géorgienne, publié par Bakur Sulakauri
  • En langue grecque, publié par Editions Opera
  • En langue islandaise, publié par Lafleur Publishing
  • En langue italienne, publié par Edizioni e/o (Edition originale et livre de poche)
  • En langue néerlandaise, publié par Atlas
  • En langue perse
  • En langue polonaise, publié par Znak
  • En langue roumaine, publié par Humanitas Fiction
  • En langue russe, publié par Azbooka-Klassika
  • En langue slovène, publié par Kud Sodobnost
  • En langue tchèque, publié par Albatros Média
  • En langue vietnamienne, publié par Nha Nam Publishing

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