Résumé

Jusqu'au 8 décembre au Théâtre Rive Gauche de Paris.

Infos et réservations

Mise en scène Johanna BOYÉ

Avec
Sam KARMANN
Franck DESMEDT
Katia GHANTY
Maxime de TOLEDO

 

Vienne 1938 : les nazis ont envahi l’Autriche et persécutent les juifs.
Par optimisme, Sigmund Freud ne veut pas encore partir ; mais en ce soir d’Avril, la Gestapo emmène Anna, sa fille, pour l’interroger. Freud, désespéré, reçoit alors une étrange visite. Un homme en frac, dandy léger, cynique, entre par la fenêtre et tient d’incroyables discours...
Qui est-il ? Un fou ? Un magicien ? Un rêve de Freud ? Une projection de son inconscient ?
Ou bien est-il vraiment celui qu’il prétend être : Dieu lui-même ?
Comme Freud, chacun décidera, en cette nuit folle et grave, qui est le visiteur...

 

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Commentaires

« Lorsque que j'eus achevé... »

Lorsque que j'eus achevé Le Visiteur, j'en fis -c'est mon habitude- la lecture à mes proches. Deux me dirent que c'était magnifique, le troisième que ça ne l'intéressait absolument pas. Naturellement, ce fut celui-là que j'écoutai et j'enterrai mon texte dans la tombe d'un tiroir sans même une fleur séchée dessus. Plusieurs mois plus tard, l'insistance des deux amis, la curiosité d'un metteur en scène, l'enthousiasme d'un producteur finirent par faire arriver Le Visiteur sur scène.

Il se répéta en août 93, à la place d'une autre pièce, en hâte et par hasard, car le producteur François Chantenay devait à tout prix monter quelque chose dans cette salle qu'il avait louée. Toute l'équipe y croyait ; Gérard Vergez dirigeant avec passion des interprètes exigeants et rares, Maurice Garrel, Thierry Fortineau, Josiane Stoléru, qui, à chaque pause, me réaffirmaient leur adhésion profonde à ce texte, et leur foi en son retentissement. Je me taisais, en apparence par modestie, en réalité par prudence lâche : j'étais persuadé qu'ils se trompaient tous, que la pièce chuterait, et que dans deux mois, ils changeraient de trottoir pour éviter de me saluer.

L'ouverture du Visiteur, le 21 septembre 1993, me donna d'abord raison. Il n'y avait que deux spectateurs payants, mes parents, qui avaient tenu à acheter leurs billets.L'attachée de presse n'avait pu obtenir le moindre papier à l'avance et n'arrivait pas non plus à faire venir les critiques, ceux-ci voulant d'abord "couvrir" les spectacles les plus attendus. Il n'y avait plus qu'une solution : inviter. On remplit, d'abord difficilement, puis plus aisément, la salle de spectateurs gratuits.

Des propos excellents commencèrent à courir de bouches à oreilles. La profession théâtrale s'emballa pour ce spectacle. Alertée par la rumeur montante, la presse vint enfin et multiplia les superbes critiques. Enfin les media déboulèrent et m'invitèrent aux meilleures émissions. Au bout de deux mois, le théâtre était comble tous les soirs, nous étions "le" spectacle qu'il fallait voir, on me proclamait découverte de l'année, et trois Molière me couronnèrent.  Le succès dure, à travers des théâtres, des productions, des interprètes différents ; le livre détient le record de diffusion du théâtre contemporain (+ de 40000 exemplaires) ; et l'aventure, dit-on, ne fait que commencer.

J'en fus le premier surpris. Et je le demeure encore, quoique j'ai fini par rejoindre le groupe de ceux qui adorent Le Visiteur. J'avais écrit ce texte dans une grande solitude, selon une nécessité intérieure, je l'estimais si intime, si privé, si personnel, que je ne le pensais pas capable d'être apprécié par d'autres que par des amis complaisants. Comment croire en Dieu aujourd'hui ? Comment croire encore en Dieu dans un monde où l'horreur le dispute à l'abominable, où la bombe extermine, où sévit comme jamais la discrimination raciale, où l'on invente des camps de rééducation ou d'extermination ? Bref, comment croire en Dieu à l'issue de ce XXe siècle si meurtrier, si méthodiquement meurtrier ? Comment croire en Dieu face au mal ? Ce problème porte un nom en philosophie : la théodicée (le procès de Dieu). Nous le faisons tous les jours, devant un enfant qui souffre, devant un grand amour qui nous est enlevé par une maladie, devant le fanatisme de ceux qui tuent au nom de leur Dieu, devant notre écran de télévision qui nous apporte les cris et les souffrances du monde.

Un soir, je me mis à sangloter en écoutant le journal télévisé : les nouvelles n'étaient pas pires que celles d'un autre jour, c'était la soupe ordinaire du crime et de l'injustice mais ce soir là, je ne me contentai pas de comprendre et d'enregistrer les informations, je les sentais. Dans ma chair je saignais à l'unisson du monde ; les violences résonnaient en moi comme un tympan. J'étais déprimé d'être un homme. Je me dis : "Comme Dieu doit être découragé en regardant le journal de 20 heures !". J'avais même de la compassion pour ce Dieu dont l'existence m'est incertaine.Je songeai encore : "Si Dieu a une dépression que peut-il faire ? Quel recours ? Qui peut-il aller voir ?".

Immédiatement l'image fondit sur moi : Dieu sur le divan de Freud. Puis la contre image : Freud sur le divan de Dieu. L'excitation intellectuelle sécha rapidement mes larmes, je me mis à jubiler. Dieu et Freud doivent avoir énormément de choses à se dire puisqu'ils ne sont d'accord sur rien...
Et ce dialogue n'est pas facile puisque aucun des deux ne croit en l'autre...L'idée fit son nid en moi, m'habita plusieurs années avant que je m'en délivre en écrivant la pièce.

Le succès fut une leçon d'humilité. Ce que j'avais jugé, présomptueusement, n'intéresser que moi, intéressait une multitude. En allant au cœur de moi-même, ce n'était pas moi-même que je découvrais, mais l'humain, l'humain universel. La sincérité est un humanisme. Douter, changer d'avis, passer de l'espoir au désespoir, ne pas savoir, ce n'est pas être faible, c'est être un homme. J'ai appris que chacun se retrouve dans les méandres du Visiteur ; les Juifs y voient une méditation hassidique, les chrétiens une pièce pascalienne sur le Dieu caché, les athées y reconnaissent le cri de leur détresse. Cela signifie aussi que chacun y écoute des positions qui ne sont pas les siennes. Qui que l'on soit, en écoutant la pièce, on fait l'épreuve de l'autre. Et cela surtout m'importe.Qui est le visiteur ? Dieu ou un fou ? Un songe de Freud ? La pièce n'est- elle que la méditation intérieure d'un vieil homme ?  Chacun le décidera avec sa liberté. Ma réponse n'a pas plus de valeur que celle d'un autre. On la détectera néanmoins dans le texte si l'on est très attentif. La pièce prépare le terrain de la croyance et s'arrête au seuil. Franchir ce seuil relève de la foi, donc de la liberté. Et cela n'est donc pas partageable. Si je faisais autre chose qu'indiquer le seuil, Le Visiteur cesserait d'être une pièce philosophique, deviendrait une pièce à thèse -ce que j'exècre- et faillirait à sa vocation de donner à penser en même temps qu'à sentir. Quant à l'ami qui m'avait déconseillé de publier cette pièce qui ne l'intéressait pas, il est toujours là, auprès de moi, encore plus près ; nous avons parlé parfois, en riant, de cette mort qu'il avait souhaité au Visiteur ; il ne se dément pas, mais je sais, par d'autres, qu'il en sait désormais toutes les grandes tirades par cœur. Grenade, Espagne, le 16 janvier 2000

Eric-Emmanuel-Schmitt

Critiques

Paris Match - « Le Visiteur 2021 - Un "Visiteur" qui nous fait bien gamberger »

Une pièce d'Eric-Emmanuel Schmitt, c'est la garantie d'un texte "propre", bien ficelé, où l'on ne s'ennuie pas. Pour certains, c'est aussi le risque d'une thèse bien-pensante, pas assez "féroce". L'auteur est une nature heureuse, il le répète, il n'écrit pas dans la douleur, ni dans l'esprit de revanche. Il s'amuse, invente, surprend. Et vu la salle de 400 places presque pleine, ça fait mouche.

Avec cette pièce, Schmitt réussit encore une fois à nous capter avec un propos plutôt casse-gueule : dans Vienne plombée par le nazisme, Freud refuse de partir, au risque de voir sa fille -farouchement critique- être arrêtée par la Gestapo. Cette nuit-là, un "Visiteur" fait irruption chez lui. Une discussion s'engage sur la vie, la mort, le monde, la foi en Dieu. C'est brillant. Très varié. Très dense. Il faut être attentif, Schmitt nous force à réfléchir, à nous interroger.

Mais surtout, ce ping-pong condensé est porté par deux acteurs fabuleux qui déploient tout le spectre de l'échange, du raisonnement philosophique à l'invective. Sam Karmann campe un Freud à barbe blanche parfaitement crédible, savant, athée, inquiet et désenchanté. Franck Desmedt est un Visiteur insaisissable, vivace et léger, un brin cynique. Est-il un dingue échappé d'un asile ? Une incarnation de Dieu ? Une voix de la conscience freudienne ? On s'en fiche un peu. C'est l'échange qui importe. Ce qui nous pousse à aller au théâtre. Pendant une heure 40, concentrés sur ces deux acteurs parfaitement complémentaires (et la fille, Katia Ghanty, excellente dans un solo d'insultes au début), on change de braquet. C'est régénérant, stimulant.

A la sortie, Franck Desmedt, toujours léger, saute sur son vélo pour aller dîner (il joue une autre pièce qu'il a adaptée, à 18h30 au Lucernaire !). Et Sam Karmann récupère, un peu essoré, car son personnage porte vraiment le poids de l'inhumanité du monde. C'est lui, c'est son charisme qui leste le propos. Lui donne sa profondeur.

La pièce - belle mise en scène sobre de Johanna Boyé - avait été crée au premier trimestre 2020; le Covid a tout chamboulé, imposé trois ruptures. Rien de pire pour les acteurs. Elle a enfin été jouée et rodée à Avignon cet été. Aujourd'hui, elle est au top de son potentiel. "On y ajoute des nuances chaque soir", observe Sam Karmann.

Courez-y maintenant. Elle est programmée jusqu'au 17 décembre, mais... on ne sait jamais. Comme disent les juifs, le pire n'est jamais certain.

Catherine Schwaab

Spectacles Selection - « Le Visiteur 2021 - Une pièce que l’on voit et revoit avec le même bonheur »

Un cas de conscience occupe l’esprit de Freud. Doit-il signer ou non le laissez-passer posé sur son bureau, indispensable s’il veut quitter l’Autriche ? À Vienne, les arrestations se multiplient dans la communauté juive. Pourtant, il hésite. Peut-il abandonner là ses proches, son pays, sa culture et ses traditions ? Anna, sa fille chérie, insiste, considérant, elle aussi, le danger de rester. Les nazis sont de plus en plus menaçants. L’un d’entre eux le harcèle et va jusqu’à le racketter. Le voici qui frappe de nouveau. Anna, exaspérée lui tient tête, il ne lui en faut pas davantage pour l’emmener, sous prétexte de l’interroger. Freud, mort d’inquiétude sur le sort de sa fille, est perdu dans ses pensées, lorsqu’un homme, tiré à quatre épingles, se tient tout à coup devant lui. Comment est-il entré, que lui vaut cette visite pour le moins surprenante ?
L’inconnu entretient le mystère sur sa personne mais connaît tout sur la situation du pays et sur son avenir et surtout il en sait beaucoup sur la vie de son hôte d’un soir. Est-il un affabulateur, un charlatan, le fou échappé de l’asile signalé par le nazi, sort-il tout droit d’un rêve, ou bien… ? Un souvenir d’enfance retrouvé et voici notre psychiatre psychanalysé ! 
« Le visiteur »,  « L’Evangile selon Pilate », « Milarepa », « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran »,  « L’Enfant de Noé » ou « La Nuit de feu » et sa surprenante expérience mystique, on ne compte plus les écrits d’Éric Emmanuel Schmitt sur le sujet. Il explore les mystères de la création et étudie les fondements des religions avec une clairvoyance qui ravit ses inconditionnels. 
Le texte ciselé et le dynamisme de la mise en scène sont un tremplin dont les comédiens se servent avec talent. Sam Karmann est un Freud excellent, pris dans la tourmente de l’époque et déstabilisé par la venue énigmatique de ce visiteur. Franck Desmedt crée un personnage virevoltant, affabulateur, manipulateur ou démiurge facétieux. En seulement deux scènes, Katia Ghanty donne beaucoup d’épaisseur au rôle d’Anna. 
Une pièce que l’on voit et revoit avec le même bonheur

M-P.P.

Challenges - « Le Visiteur 2021 - Échange de haut vol sur la foi entre Freud et un mystérieux visiteur. »

Échange de haut vol sur la foi entre Freud et un mystérieux visiteur, qui pourrait bien être Dieu.

Sa deuxième pièce, Le Visiteur, a changé la vie d’Eric-Emmanuel Schmitt. Créée en 1993, elle avait, ironie du sort, commencé comme un bide. CE fut finalement un triomphe qui le consacra auteur dramatique, traduit et monté dans le monde entier.

Aujourd’hui, c’est dans son propre théâtre que le texte est mis en scène par Johanna Boyé. Vienne 1938. Le docteur Sigmund Freud 5interprété par Sam Karmann) est dans son bureau. Quelques livres, de rares objets, un divan composent le décor. Alors que sa fille Anna (Katia Ghanty) est arrêtée par la Gestapo, le père de la psychanalyse reçoit l’étrange visite d’un inconnu (le vif Franck Desmedt) qui sous-entend qu’il pourrait être Dieu. S’agit-il d’un imposteur, d’un mythomane, d’un fou? Le péril nazi se rapproche. Freud estime ses cures dérisoires. “Faut-il sauver un canari quand toute la ville brûle?” , s’interroge-t-il. L’humaniste athée, qui a passé sa vie à défendre l’intelligence contre la bêtise, ne voit dans le ciel qu’un “toit vide sur le souffrance des hommes”. L’inconnu le provoque gaiement, en lui opposantes arguments qui permettent de fonder la foi. Freud résiste, en bête traquée, gardant la vérité-oué exigeante ma^tresse. Les répliques fusent, adroites: “Si j’avais en face de moi Dieu, je l’accuserais de fausse promesse! … Qu’est-ce que la mort si ce n’est la promesse de la vie qui n’est pas tenue?” Ex-prof de philo, Schmitt formule les questions sans y répondre. Les spectateurs sortent ravis de cet exercice d’éveil. Comme Freud, chacun doit assumer ce rappel : “ Jusqu’à ce soir, tu pensais que la vie était absurde. Désormais tu sauras qu’elle est mystérieuse. “ Amen!

Rodolphe Fouano

La Tribune Juive - « Le Visiteur »

Admirable ! Le visiteur d'Eric-Emmanuel Schmitt est admirable autant par l'écriture du texte que par le jeu des acteurs. Dans un décor qui reconstitue l'atmosphère du cabinet de Freud à  Vienne. Eric-Emmanuel Schmitt a fait intervenir des éléments de fiction à  partir d'éléments réels de la vie du fondateur de la psychanalyse.En 1938, l'Allemagne a déjà  envahi l'Autriche, les nazis battent les juifs dans les rues, pillent leurs appartements, jusqu'à  ce jour du 22 mars où ils arrêtent la fille de Freud, Anna, pour l'interroger à  la gestapo installée dans l'hôtel Métropole.Sur ce fond d'acte réel, dans ce pire jour de la vie de Freud, s'immisce le monde du rêve qui fait arriver Dieu par une fenêtre sous la forme humaine d'un homme jeune, séduisant et un peu fou.Dès lors, la pièce n'arrêtera plus d'osciller entre larmes et rires. Le drame des arrestations et des suicides massifs des juifs et l'irrésistible loufoquerie d'un nazi à  l'odorat aiguisé,dont les entrées et les sorties incessantes rythment le pilpoul (1) dans lequel Dieu a entraîné Freud.Lequel des deux serait le plus responsable du chaos.Dieu qui par amour a accordé cette folle liberté aux hommes ou Freud qui par lucidité essaie de les convaincre d'athéisme?Mais la réalité n'a pas le temps d'être trop prégnante que déjà  l'humour la recouvre, cet humour juif à  la fois politesse de vie et acte de résistance. Ainsi Freud, au moment de signer à  contrecoeur, pour faire sortir sa famille d'Autriche, une attestation signifiant qu'il n'a pas été maltraité, ajoute ces quelques mots : " Je peux cordialement recommander la gestapo à  tous.  "La gestapo pas sûr, mais cette pièce oui, sans aucune réserve !  Thierry Zalic(1) Pilpoul : discussion contradictoire dans les yeshiva.

Le Monde - « Le Visiteur »

Eric-Emmanuel Schmitt est un pur produit de Normale Sup' : agrégé de philosophie, il allie le sérieux de l'ambition à  l'élégance du style, au brillant de l'esprit. Olivier Schmitt

Télérame - « Le Visiteur »

Une rencontre, un dialogue apparemment impossible : toute sa vie durant, Freud n'a-t-il pas nié l'existence de Dieu, tenté de prouver qu'elle n'était que le produit de profondes angoisses? Et voilà  que, par la magie du théâtre, en évitant avec élégance cuistreries et clichés, Eric- Emmanuel Schmitt, réconcilie les inconciliables, fait s'affronter en un duo à  fleurets mouchetés, plein de suspense et d'ironie, créateur et créature.Un régal pour l'esprit. Facétieuse et finement insolente, la conversation entre Freud et Dieu permet d'aborder, l'air de rien, les abîmes les plus insondables, les questions les plus graves. Fabienne Pascaud

Le Canard Enchaîné - « Le Visiteur »

 Intelligence, finesse, lucidité : Eric-Emmanuel Schmitt, après "La nuit de valognes" court décidément en formule 1. On ne sait quels superlatifs puiser dans le cabas à  épithètes, tant sa nouvelle pièce chatouille agréablement les circonvolutions cérébrales.Sur le sujet le plus casse-gueule qui soit : le bon docteur Freud déjà  bien malade (magnifique Maurice Garrel) au moment de se laisser enfin convaincre de quitter Vienne écrasée sous la botte nazie, reçoit une curieuse visite.Probablement un fou : un gars qui se prend pour Dieu. Mais non! c'est vraiment Dieu. L'officier nazi (Joël Barbouth, très bon) qui persécute Freud et sa fille Anna (excellente Josiane Stoléru) en avertit Freud sans le faire exprès : le vrai fou évadé que recherchait la police vient de se faire arrêter. Dès lors, dans ce contexte de satanisme galopant, de bestialité, d'obscurantisme triomphant, tandis qu'Anna, entre les griffes de la gestapo, ne sait même pas s'ils vont la relâcher ou non, se déroule la plus lumineuse discussion sur la liberté humaine, l'injustice, l'horreur de notre condition de lapins ajustés par le chasseur inconnu, et condamnés à  vivre en sachant que nous serons un jour allumés sans savoir quand. Thierry Fortineau est un Dieu bienveillant dans ses ambiguïtés, perspicace et tellement convaincant qu'on lui pardonnerait presque d'exister.On peut incarner une hypothèse inutile et être un formidable comédien. De se montrer aussi impuissant devant les folies des bipèdes vaut toute notre indulgence au Tout-puissant de Schmitt en tenue de soirée. Au fait, existe-t-il vraiment ? L'auteur laisse passer le bout de l'oreille en nous le montrant en chair et en os. Mais le théâtre n'étant qu'un monde d'illusion, la preuve n'est pas bonne. Je ne sais ce qu'en pense frère Froissard. Ma certitude : un auteur de théâtre existe, je l'ai rencontré. Bernard Thomas

Le Point - « Le Visiteur »

Après Faust-Méphisto, voilà  le plus singulier face à  face entre ici-bas et l'au-delà . A 33 ans, Schmitt a réussi mieux qu'une 'pièce à  formulesâ?�. Il y a dans le Visiteur quelques superbes envolées littéraires et une réflexion sur Dieu fort sagace.

Le Quotidien de Paris - « Le Visiteur »

Entre invraisemblable fiction et réflexion bien assise sur des faits avérés, Eric-Emmanuel Schmitt nous conduit sur des chemins escarpés. Mais le paysage est fascinant et le dialogue de Freud et de son visiteur est riche, qui brasse à  la fois les thèmes du grand savant, tout ce qui a hanté sa recherche et ses découvertes, et des thèmes de cure métaphysique qui nous concernent tous au plus profond de notre relation au monde.(...) C'est un face à  face qui est un pur bonheur. C'est jubilatoire et cela perturbe en même temps, cela secoue, cela trouble car le dialogue des deux personnages nous concerne intimement. Un très beau spectacle. Il a sa gravité.Mais, sachez-le, on rit souvent, très souvent, car le mystérieux personnage a une malice, une malignité qui enchantent, car les mots d'esprit ont ici leur place naturelle! Armelle Héliot

La Parisien - « Le Visiteur »

Un jeune auteur, des comédiens prodigieux, un texte captivant. "Le Visiteur" est bien la pièce la plus intelligente que l'on puisse voir en ce moment. Avec "La Nuit de Valognes", Eric-Emmanuel Schmitt avait écrit une première pièce très prometteuse. Avec "Le Visiteur", il tient toutes ses promesses et au-delà ... Nous sommes chez Freud au soir le plus sombre de sa vie.Tout semble devoir s'écrouler autour de lui, juif, il se trouve au coeur de la tourmente antisémite ; Autrichien, il assiste à  la décomposition de son pays, humaniste, il est le témoin impuissant de l'invasion barbare. Ajoutons qu'il se sait condamné par la maladie et qu'Anna sa fille chérie, vient d'être arrêtée par les nazis. C'est alors que surgit, venu d'on ne sait où, un inconnu, jeune, souriant et désinvolte qui, avec sa tenue de soirée, a des allures de magicien. Il parle d'abondance et semble tout connaître de Freud, son passé, son présent, et même... son avenir !Mais qui donc est-il ? Un fou évadé de son asile, un mythomane, un plaisantin, voire quelque envoyé d'un service secret chargé de le compromettre ? Et s'il était Dieu, comme par instants, il le laisse entendre ? Cela Freud fondamentalement athée se refuse bien évidemment à  l'admettre. Qu'importe, il consent à  écouter son étrange visiteur et accepte même de discuter avec lui. Cela nous vaudra le bonheur d'assister, à  un assaut d'intelligence, entre un Freud tendu et concentré, qui en appelle à  la raison pure, et cet inconnu qui manie un humour dévastateur.Qui sortira vainqueur de ce débat passionnant ? Le spectateur à  coup sà»r !Maurice Garrel est un Freud bouleversant de conviction et d'émotion, face à  un Thierry Fortineau visiblement ravi de semer le trouble dans l'esprit d'un homme qui a ouvert des voies nouvelles à  la pensée. Ces deux comédiens rares ne doivent pas faire oublier les belles compositions de Josiane Stoléru et de Joël Barbouth, non plus que la mise en scène de Gérard Vergez.C'est une réussite totale. André Lafargue

Hairline - « Le Visiteur »

Good theatre should have resonance, inspiring thought and evoking emotion. With a strong cast and profound script, The Visitor rises to meet this standard.Set in 1938 Nazi-occupied Vienna, the play debates some timeless philosophical questions such as ‘Does God Exist?’ and ‘What is God’s responsibility for the actions of Man?’ With such complex themes it would be easy for this play to become lost within its own intricate plot. The 121 Theatre Company, though, have not only navigated this maze but have the skill to exploit its depth to their advantage.This adaptation of Eric-Emmanuel Schmitt’s Le Visiteur finds Sigmund Freud wrestling with the decision of whether or not to flee Vienna and the implications this may have. With his daughter being interrogated by the Gestapo and the weight of the decision he must make bearing down upon him, Freud cries out in anguish. His cries are seemingly answered by the appearance of a strange man, clad in tuxedo and top hat, his frivolous garb in stark contrast to the grim reality at play just outside the building.Is this stranger God or merely a trickster? That question is left for the audience to decide, what is tackled here is God’s existence and his responsibility for the actions of those he has both created and empowered.The cast of this play are all accomplished actors, worthy and adept enough to handle the intricacies of even this complex piece. Despite the wealth of talent displayed by his fellow actors, it is Duncan Lumsden who takes ownership of the play through his role as God/the trickster.His emotional range and ability to convincingly straddle the duality of his character is truly astounding. It is his performance more than anything else that gives this play its credibility.The Visitor will make believers question their devotion and lead atheists to the contemplation of the Divine. This play works through your mind to touch your soul.Matthew Straw

British Theatre Guide - « Le Visiteur »

Against the background of Vienna racked by the Nazi takeover, Sigmund Freud is debating whether or not he should accept the offer of escape to Britain with his daughter on condition that he sign a paper stating that he has been well treated and has seen no sign of persecution of the Jews, even though he and everyone else knows of the activities of the Gestapo and the camps. Anna wants him to agree, as does the American embassy, but he is unsure. And then a visitor arrives, dressed in immaculate evening dress, with a twinkle in his eye and an air of amusement about him. This is God. He must be - no one else can see him and he just appears and disappears from within the house, not through the front door. There is, however, another possibility... We never learn, however, and that is part of the conundrum.With continuous intimidation from a Gestapo officer and persuasion from his daughter and the mysterious visitor, Freud eventually agrees to sign and leave. In between the bulk of the piece is taken up with the interplay between Freud and his visitor in dialogue which sparkls with intellectual energy.It's a play which needs concentration but it well repays the effort, and is superbly performed.Peter Lathan

The Scotsman - « Le Visiteur »

**** SUSAN MANSFIELD HILL STREET THEATRE (VENUE 41) APRIL 1938. In Nazi-occupied Vienna, Sigmund Freud nears the end of his life. Defiantly optimistic, he refuses to sign the papers which will let his family escape. But one night his beloved daughter Anna is taken for questioning by the Gestapo - and a visitor in evening dress arrives in his study. Who is this smartly dressed, articulate man who didn't even bother to ring the doorbell? Is he an escaped lunatic? An imposter? A patient? Or is he, as he claims to be, God incarnate? But Freud is an atheist and he's ready with some questions of his own: what is God up to when "evil is in the street in jackboots?". Eric-Emmanuel Schmidt's beautiful play, performed by Brussels-based 121 Theatre in a new English translation, takes one man in one moment in history and through him explores much larger questions of faith, memory, love and political resistance. It is a feast of ideas, as well as being a careful examination of what happens when ideas are no longer enough. Colin Black is magnificent as Freud, poised between strength and vulnerability, invigorated by the chance to parry ideas with a man who is his intellectual equal. Duncan Lumsden, as the Stranger, flashes through a rainbow of moods, from playful to despairing, while Liz Ross and Lucas Tavenier play excellent supporting roles. Schmitt's elegant, poetic language is beautifully captured by translators Michel Didier and Liz Merrill, who also directs. The play is reminiscent of much of Tom Stoppard's work in its delight in ideas, facility with language and deep-seated humanity. Schmitt brings us Freud not as a psychoanalyst but as a clever and contrary man, one minute defiant, the next doubting the whole of his life's work: after all, what use is it to treat one patient when the world is running mad? Above all, it gives us an absorbing portrait of a man who would parry ideas when life and death are at stake, and still enjoy the argument.

The Stage - Edinburgh - « The Visitor »

**** - Duska Radosavljevic - Mon 21 Aug 2006There is something refreshingly old-fashioned about this piece of theatre and it’s nothing to do with the carpeted set and meticulous costuming. Although written in 1993, it actually taps into the kind of theatre that had long gone out of favour with the British audiences by virtue of being contemplative rather than strictly speaking entertaining. This new translation of Eric-Emmanuel Schmitt’s unashamedly philosophical play - its subjects are Freud himself and a mysterious visitor who could be a madman or a god - is so delightfully witty that it brings to mind the effortless mastery of Wilde and Shaw. Demonstrating the ways in which the best humour and supreme intelligence share a making of connections, this piece is also a perfectly easy introduction to the essentials of Freud beyond the confines of popular knowledge and a means of examining one’s own beliefs. Duncan Lumsden’s exhuberant performance as the visitor helps to some extent but this beautifully written play is also brimming with quotable lines and pearls of wisdom which you want to collect and relish for a long time afterwards.

Le Figaro - « Avignon 2007 Le meilleur d'Eric-Emmanuel Schmitt »

Avignon 2007 Le meilleur d'Eric-Emmanuel Schmitt …C’est avec Le Visiteur qu’Eric-Emmanuel Schmitt s’est fait un nom. Joué dans le monde entier, il entretient la tradition d’un théâtre d’idées, brillant qui plaît et vise juste. Gildas Bourdet se souvient d’avoir vu la pièce à la création au Petit Théâtre de Paris. « J’aime le pari qu’il fait sur l’intelligence » dit-il… Les acteurs sont dirigés avec cette rigueur du détail, ce sens du rythme qui sont la marque de fabrique du metteur en scène… … Oscar et la dame rose.

On se souvient de Danielle Darrieux créant ce texte qui a ému la terre entière (…) Ici, Jacqueline Bir, figure mythique du théâtre belge. Parfaite, elle conjugue l’autorité au charme, passe d’un état civil à l’autre, change d’âge, d’humeur, paraît 7 ou 77 ans, un marmot ou un vieux docteur toussotant. Surtout, elle est cette Mamie Rose que tous les spectateurs ont envie de consoler au final.

Avec La Nuit de Valognes, Régis Santon met en scène la première pièce de Schmitt, crée en 1991 à Nantes (…) derrière l’image de Don Juan, Schmitt aborde le thème de l’amour et du désir en confondant ces sentiments. A tord ? Une question comme les aime son public ravi de sortir de la salle l’esprit en ébullition. C’est là qu’il faut chercher le succès de cet auteur qui a fait descendre la philosophie au rang des fauteuils d’orchestre.

Marion Thébaud

Le Figaro - « Le Visiteur »

A sa manière, Eric-Emmanuel Schmitt renoue avec la tradition bien française du théâtre philosophique. (...)On rit souvent de ce rire léger qui naît quand soudain, devant une chose obscure et grave, tout devient clair. Un rire qui n'a aucune raison de se renier et qui se sent même assez fier d'être un remède contre l'imbécillité. Quand Eric-Emmanuel Schmitt arrivera au paradis, Anna Freud, toujours reconnaissante envers ceux qui ont été bons avec son papa, lui baisera le front. Et si il va en enfer, le Diable lui servira à  boire pour le remercier d'avoir fait de lui, le temps d'une pièce, un raté si charmant.

Frédéric Ferney

Critiques des blogs

Esprit Paillettes - « Le Visiteur 2021 - Un thriller philosophique rondement mené. »

Enfin le célèbre et brillant Visiteur d’Eric-Emmanuel Schmitt franchit le seuil de son cher Théâtre Rive Gauche. Dieu sur le divan de Freud (ou ne serait-ce plutôt, en fait, l’inverse ?) n’a jamais semblé aujourd’hui plus nécessaire à écouter, près de trente ans après sa création.

Une nuit de 1938 à Vienne. Quand l’œuvre du Mal s’est déjà infiltrée depuis plusieurs années dans la société autrichienne. Les bottes nazies martèlent le pavé et Sigmund Freud, âgé et malade, victime quotidienne du chantage d’un soldat fasciste, vient à peine d’assister à la brusque arrestation de sa fille chérie.

Une soirée bien particulière donc, où il se retrouve, lui, l’explorateur de l’Inconscient, à lutter avec sa propre conscience, face cet infâme laissez-passer à signer et qui sauverait sa peau en même temps que de se faire complice de l’ignoble tragédie dont les Juifs sont les victimes depuis l’arrivée, la plus légale qu’il soit, d’Hitler au pouvoir.

C’est dans cet état de chaos précis que surgit un homme mystérieux, spirituel, élégant, bondissant, pétillant, voire diablement cabot. Mais qui est ce « visiteur » qui semble tout connaître de Freud, dans son « moi » le plus profond ? Le spectateur est placé dans le même questionnement central que le plus célèbre des psychanalystes. Il ne sait pas s’il s’agit réellement de Dieu ou d’une simple projection mentale de Freud, un dialogue exigeant et haletant avec lui-même.

Un thriller philosophique rondement mené

Le décor du cabinet de Freud est planté avec son divan, bien sûr, mais aussi son bureau et sa bibliothèque (dont on rêverait de connaître le nom des ouvrages). Des voilages en proie aux courants d’air servent de murs. Tout est mouvement dans cette mise en scène élégante, attentive et soignée de Johanna Boyé.

Les personnages virevoltent en même temps que leurs célèbres répliques : « On est toujours puéril lorsqu’on s’émerveille de la vie » ; « Mais être juif, cela correspond à quel crime ? Quelle faute ? » ; « Le mal, c’est la promesse qu’on ne tient pas. Qu’est-ce que la mort, sinon la promesse de la vie qui court, là, dans mon sang, sous ma peau, et qui n’est pas tenue? ».

Et les comédiens sont chacun investis dans leur façon de camper l’interrogation philosophique de leur personnage respectif : par rapport au respect ou non du pouvoir établi, à celui de la relation filiale qui peut parfois étouffer, au respect que l’on doit constamment mener vis-à-vis de soi comme à ce Mal, toujours présent malgré la Vie et qu’il ne faut cesser de combattre.

Sam Karmann et Franck Desmedt interprètent avec autant de sincérité que de ferveur cette étrange et fascinante rencontre. Freud est tour à tour cet homme en proie au désespoir d’homme et d’athée tourmenté mais pourtant convaincu. Franck Desmedt incarne cette folle énergie de vie qui déboule sur le plateau avec fougue mais qui n’exclut pas compassion et écoute. Ils sont entourés de jeunes comédiens tout aussi investis (Kathia Ganthy et Maxime de Toledo).

Tous interprètes de ce thriller philosophique, il faut le dire, rondement mené.

Laetitia Heurteau

PublikArt - « Le Visiteur 2021 - Une pièce drôle et puissante à découvrir »

Un Sigmund Freud (Sam Karmann) vieux et malade doit faire face à la montée du nazisme dans la Vienne de 1938, avec son lot de vexations et de craintes. Au milieu du tumulte ambient, la possibilité de partir très vite s’offre à lui pour arrêter de courir le risque d’une arrestation et d’une déportation que représente l’officier nazi (Maxime de Toledo) qui le persécute continuellement. Un personnage étrange fait alors irruption dans son appartement pour des échanges à batons rompus qui révèlent l’esprit toujours vif de l’inventeur de la psychanalyse et son questionnement sur l’existence de Dieu…

Une pièce vertigineuse

Tout le sel de la pièce tient dans ces échanges verbaux entre Sigmund Freud et… cet inconnu. Le huit-clos montre la détresse du docteur face à la cruauté des évènements et la peur d’un avenir qu’il sait court. Ses problèmes de santé ne font guère de doute, il s’inquiète surtout pour ses proches. Pour qui a lu des ouvrages d’EricEmmanuel Schmitt, la même vivacité intellectuelle est parfaitement retranscrite sur scène par des comédiens au diapason de l’oeuvre littéraire. les textes se déroulent sans peine, les expressions des visages sont habitées par les comédiens et rien ne permet de préjuger du dénouement. La fille de FreudAnna (Katia Ghanty) personnifie les envie de résistance à la barbarie, illusoire étant donné la vigueur montante du parti d’Hitler à l’époque. Pour se défendre, Freud n’a que sa faconde et son habileté à manier les mots et les concepts. Quand il se trouve en présence d’un inconnu qui laisse planer le doute sur son identité, c’est à un véritable examen de conscience que se livre Sigmund. Sa jeunesse, son ambition, ses échecs, ses espoirs, tout est passé en revue avec maestria. La pièce passe comme dans un souffle, sans longueurs inutiles ni temps mort inopportuns. La pièce est un voyage fascinant dans une époque où le pire de l’humain s’est manifesté dans un tourbillon de violence incontrôlée. La tranquillité presque apaisée du vieil homme tranche avec l’agitation du dehors, dedans / dehors, c’est toute la thématique de la pièce, tranquillité apparente, tourments cachés… force visible, faiblesse cachée… athéisme de façade, doutes profonds.

Le jeu des apparences est soigneusement interprété pour un vrai moment de théâtre rempli de fulgurances et de pertinence. Les comédiens font vivre le texte avec art, rien à redire, il faut surtout aller en profiter au Théâtre Rive Gauche!

Stanislas Claude

Sortiz - « Le Visiteur 2021 - Un grand divertissement »

Que vous croyez ou non, que vous ayez la foi ou pas, cela n’a aucune importance pour apprécier à sa très juste valeur cette magnifique pièce écrite par le non moins excellent Eric-Emmanuel Schmitt ! Qu’elle se déroule à Vienne en 1938, non plus, bien que de ce côté-là, elle puisse apporter une certaine justification à ce qu’elle va nous dévoiler ! Mais qu’elle mette face à face 2 « sommités » du siècle dernier – Docteur Freud, l’un des plus grands esprits du XXème siècle et un « visiteur » (un admirateur, un névrosé, un fou échappé d’un asile, un mythomane, ou bien un imposteur ?), et qu’elle permette de les voir s’affronter verbalement, c’est là tout l’intérêt et toute la subtilité de ce spectacle particulièrement bien écrit.
On doit se rendre à l’évidence, outre la plume à la fois claire et nuancée de l’auteur (avec une petite pointe d’humour voire de cynisme typiquement juif !), qu’on doit ce grand divertissement également au jeu parfait des comédiens (un vrai régal !), autant Sam Karmann en psychanalyste émérite que – et surtout - Franck Desmedt (vu dernièrement dans Adieu Monsieur Haffmann) en « cinglé » brillant, l’atout principal et le trouble-fête en cette nuit d’illusions comme de bluffs et de doutes. Qui est-il ? Vous donner le nom de ce drôle d’individu gâcherait à coup sûr l’effet de surprise tant escompté, mais sachez tout de même que sa présence remettra en cause pas mal de choses chez le premier !
Dans un décor bourgeois d’époque plutôt sombre (et pour cause !), évoluent le bien (notamment sous les traits de la fille du docteur) et le mal (représenté par un officier de la Gestapo), des dialogues justes et percutants (« ce qui rend un juif dangereux, c’est qu’on ne sait pas si on en est un ! »), ainsi que la satisfaction » hallucinatoire » d’assister à une œuvre magistrale de réflexions, d’orgueil, d’accusations, d’(in)certitudes, de « fausses » promesses, sans oublier de « conversions », le tout teinté de fantastique. C’est sans aucun doute grâce à tout cela que voilà une très belle rentrée théâtrale qui s’annonce !

C.LB

Théâtre&Co - « Le Visiteur 2021 »

Le Visiteur est une pièce d’Éric-Emmanuel Schmitt parue en 1993. Elle s’est peu à peu imposée à l’attention des spectateurs pour obtenir un succès grandissant. Elle a été nouvellement montée au Théâtre Rive-Gauche dans une mise en scène de Johanna Boyé (>).

      L’action du Visiteur repose sur une rencontre imaginaire entre Freud et un visiteur qui est en réalité un Dieu incarné et qui est apparu « déguisé » en homme. L’intrigue paraît d’emblée tout aussi séduisante qu’invraisemblable en raison de son fondement entièrement irrationnel et de son caractère totalement fictif. Elle s’appuie pourtant sur des faits vrais et avérés, tirés de la vie de Sigmund Freud, en l’occurrence sur ses hésitations réelles à quitter Vienne ainsi que sur les circonstances de son départ effectif survenu peu après l’envahissement de l’Autriche par les nazis. Le dramaturge, comme tant d’autres avant lui, choisit un moment opportun dans la biographie désespérément incomplète de son personnage pour y insérer un volet secret qui semble faire défaut. Pour Freud, il s’agit d’un moment d’autant plus charnière dans sa vie personnelle qu’il risque de perdre sa fille Anna, de compromettre tant sa carrière que sa réputation et de terminer même dans un camp de concentration. Pour Freud, connu pour être juif mais réputé athée, il s’agit précisément de revenir sur les motivations de son départ forcé à la faveur d’un dilemme conçu à la manière de la tragédie classique. Peu importe donc, dans ces conditions, que l’action soit entièrement fictive, pour peu que le cadre spatio-temporel reste suffisamment vraisemblable pour embrasser un débat métaphysique qui représente le véritable enjeu dramatique de la pièce.

      La tragédie classique fonctionnait de la même manière : fondée sur un fait historique, elle développait une action dont on savait qu’elle n’eut jamais lieu telle que mise en œuvre par le dramaturge. Éric-Emmanuel Schmitt reprend ce dispositif dramaturgique à son compte dans une formule assouplie, exempte de toute règle contraignante, même si sa pièce semble paradoxalement « respecter » formellement celle des trois unités. L’action de son Visiteur se déroule en effet la nuit du 22 avril 1938 dans le cabinet de Freud situé au 19 Berggasse à Vienne ; elle est en outre resserrée autour de la figure du célèbre père de la psychanalyse. D’autres détails relevés dans les propos échangés viennent en renfort pour construire la crédibilité de l’intrigue ainsi que pour susciter l’adhésion du spectateur. Éric-Emmanuel Schmitt combine donc des faits historiques et un inventio littéraire dans une perspective dialectique tout en instaurant une tension constante entre la vérité (historique) et la fiction (littéraire) dépassées précisément dans la véracité et la teneur métaphysiques de l’échange qui seul intéresse vraiment le spectateur. Toute mise en scène doit prendre en compte cette perspective qui fait tout le sel du Visiteur et transposer sur scène cette tension qui situe l’action dans l’entre-deux, ce que tente de faire Johanna Boyé grâce à une scénographie de facture classique.

      La scène représente le cabinet de Freud aménagé de manière réaliste : ce que voit le spectateur en miniature aurait pu effectivement être la pièce où travaillait le célèbre docteur. L’espace scénique est délimité par des parois vert foncé qui imitent les boiseries anciennes tout en faisant un clin d’œil aux représentations d’une élégance viennoise réputée quelque peu pesante ou ampoulée : une bande d’or souligne en plus sur chacune d’elles des formes rectilignes comme pour insister sur le caractère ordonné du cadre spatio-temporel convoqué. Elles sont en même temps décorées de tableaux ou munies d’enfoncements qui servent d’étagères pour des livres ou des objets de déco. Coté cour se dresse un grand bureau derrière lequel se trouve une chaise à roulettes. Une méridienne en daim vert clair est installée au milieu de la scène, flanquée à son chevet d’un fauteuil curule en bois : c’est là que Freud devait recevoir ses patients, et c’est là aussi que se posera à un moment donné le visiteur pour convaincre son hôte de son origine pour le moins étrange. Deux simples rideaux correspondent enfin à deux entrées dans le cabinet : côté jardin, une porte d’entrée dans l’appartement ; côté cour, une autre qui semble conduire à une pièce adjacente. La scénographie multiplie ainsi des éléments et des détails matériels qui donnent opportunément l’illusion de la réalité. Le spectateur a l’impression qu’elle cherche à asseoir l’action scénique dans un cadre en apparence parfaitement réaliste comme pour compenser le caractère invraisemblable de la rencontre avec Dieu et conférer par-là à l’action dramatique un effet de réel maximal. Elle sert, dans ces conditions, d’un appui rassurant qui aide le spectateur à entrer confortablement dans la fiction théâtrale et à maintenir sa réception, pendant la représentation, dans un délicieux doute quant à la vérité de l’épisode. La scénographie bâtit donc un rapport ambigu à cette vérité que tout tendrait en fin de compte à abolir si Anna n’insistait pas à deux reprises sur la dimension onirique de l’action.

      En effet, Anna, au lever du rideau, avant d’être amenée par le nazi, se demande où l’on va « lorsque l’on dort ? Lorsque tout s’éteint, lorsqu’on ne rêve même pas ? Où est-ce qu’on déambule ? » Elle pose cette triple question non seulement en référence aux travaux scientifiques de son père, mais aussi pour préparer son retour après une nuit passée au poste de police quand elle rentre en le trouvant endormi sur le bureau. Le dénouement laisse dès lors entendre au spectateur que la « visite » nocturne ne serait paradoxalement que de l’ordre du rêve. Tout autorise les comédiens à créer leur personnage comme s’il s’agissait de personnes réelles, même celui du visiteur qui remet en cause les certitudes scientifiques de Freud à travers les faits étonnants qu’il ne laisse pas de lui révéler. Franck Desmedt, dans le rôle de ce visiteur, donne à son personnage l’image d’un individu quelque peu fantasque qui se distingue du commun des hommes par une assurance inébranlable et par une prestance bouleversante : son visiteur ne manque ni de souplesse ni de sens de la repartie ni d’un certain goût de l’humour. Sam Karmann parvient, en revanche, à douer le docteur Freud d’une dimension toute humaine grâce aux hésitations réussies dont il le charge : on décèle dans son jeu la lutte intérieure de son personnage contre l’ébranlement des convictions scientifiques entraîné par l’apparition du « visiteur » qu’il s’efforce de s’expliquer de manière rationnelle. Le déchirement de Freud, tout à fait émouvant grâce à l’interprétation sensible de Sam Karmann, se manifeste en particulier à ce moment crucial où il accuse désespérément Dieu du mal répandu sur Terre tout en essayant de le convaincre de son inexistence. Face à Maxime de Toledo dans le rôle du nazi auquel le comédien imprime une posture quelque peu rigide, Katia Ghaty crée une Anna énergique et ferme, marquée par une prestance à couper le souffle lorsqu’elle apparaît au début et à la fin. Chaque comédien réussit avec aisance à individualiser son personnage pour déjouer avec efficacité le caractère fictif de l’action.

      La mise en scène du Visiteur par Johanna Boyé au Théâtre Rive-Gauche est un spectacle remarquable par la précision avec laquelle celle-ci dirige ses comédiens tout en faisant attention à ménager l’effet de vérité de l’action représentée. Elle parvient ainsi à nous entraîner dans un débat métaphysique sur l’existence du mal et de Dieu, débat qui dépasse largement son ancrage historique à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Elle porte sur scène avec succès cet intérêt profond du Visiteur de Schmitt qui repose sur sa dimension philosophique.

Au passage des artistes - « Le Visiteur 2021 - Un moment Théâtral unique. »

« Si Dieu existait, il serait le Diable », une phrase qui a grogné  comme un tonnerre dans mon esprit, Même moi, je ne me serais pas autorisée un tel blasphème…

Le Visiteur est passé par la conscience, ou l’inconscience ? Il a fait irruption dans le monde de Freud, est-ce dans le doute que tout se construit , ou se déconstruit  ? Dans la tourmente tout devient-il enfin possible ?

La pièce Le Visiteur est un duel entre la raison et l’amour, un affrontement entre la foi et le pragmatisme, le réalisme , l’objectif.

Je vois donc je crois ?

Comment croire en Dieu quand sa créature flirte langoureusement avec l’immonde, quand l’histoire nous rappelle que le présent n’a rien appris du passé?
Comment croire encore en l’absolu lorsque les murs de la haine nous enferment dans le désespoir ?

Le Visiteur est sans conteste ce que nous voulons qu’il soit, un magicien pour les uns, un farfelu pour d’autres, il est Dieu ou un fou; il est peut être même un songe, une illusion ou une chimère?

Le Visiteur prend la forme de l’âme, la foi est cette confiance que l’on tend, que l’on offre, qu’elle soit d’ordre religieux ou pas, elle est cette promesse, cet engagement sans aucune contrepartie, dépourvue de sens, parfois sans bon sens !

Avoir Foi c’est croire tout simplement. Une pièce sans prise de position, juste une émulsion de raisonnements, de position

Pour une raison encore impalpable, j’ai eu la sensation d’écouter un plaidoyer en faveur de la réflexion et de l’intelligence, ne dit-on pas que le Théâtre prend la forme de ce qui se dessine dans l’esprit du spectateur

Une fois de plus, ni la raison ni l’amour n’aura  les faveurs de la vérité absolue, on dirait que celle-ci continuera vraisemblablement à résonner dans les cœurs et nulle part ailleurs

LE VISITEUR, est un moment Théâtral unique, ou le temps se fige pour laisser place au talent…

 

R42 Culture Gourmande - « Pièce incontournable pour cette rentrée théâtrale! »

Qui est ce visiteur habillé comme un dandy ? D’où vient il ? Que cherche t’il ? Pourquoi trouble t’il autant Freud… Voilà l’ensemble des questions qui vont assaillir le célèbre docteur Sigmund Freud à Vienne, un soir de 1938 (l’Anschluss a été déclarée il y a peu) alors que sa fille Anna vient d’être emmenée par la Gestapo. A plusieurs reprises, Freud va changer d’avis concernant ce visiteur : d’abord c’est un fou qui a besoin de ses soins. Puis, même s’il est athée, il va aussi penser que c’est peut être Dieu lui même. 

Il faut dire que tout est fait pour rendre cette visite impromptue totalement ambiguë. Le spectateur pourra lui même se prendre au jeu de se convaincre sur la nature du Visiteur s’il a des doutes comme le docteur, mais il appréciera aussi de voir Freud douter à cause de cet homme qui remue ses convictions intimes.

Voilà l’histoire du Visiteur d’Eric-Emmanuel Schmitt ! Cette histoire découverte en 1993 au Théâtre de Paris et qui fut une véritable révélation et le début d’un amour du théâtre qui ne s’est toujours pas éteint. Quel plaisir de la redécouvrir sur la scène du théâtre Rive Gauche ! 

Le visiteur est incarné par l’inimitable Franck Desmedt, roi (pour ne pas dire dieu) de l’ambiguïté et c’est un plaisir de le voir évoluer autour de Freud en ébranlant ses convictions. C’est Sam Karmann qui endosse le rôle du docteur Freud qui non content d’être inquiet pour sa fille fraichement arrêtée par un SS, doit faire face à cet étrange individu qui le met face à ses doutes les plus intimes. Katia Ghanty est la fille Anna du célèbre docteur, elle est fière et audacieuse face à l’oppressant Maxime de Toledo, le SS qui harcèle la famille Freud. Les quatre comédiens sont superbes et on est happé par cette histoire ‘fantastique’.

La mise en scène réaliste de Johanna Boyé, le joli décor d’un intérieur viennois de Camille Duchemin et le travail très soigné des lumières de Cyril Manetta complètent cet ensemble pour donner une pièce incontournable pour cette rentrée théâtrale.



Spectatif - « Le Visiteur 2021 - Un spectacle de très haute qualité. »

Du théâtre comme on aime, où l’émotion et la raison se jouent de nous, nous transportant dans un réalisme onirique dans lequel notre réflexion charrie des pensées, nos sourires retiennent des larmes et nos rires respirent malgré tout la vie.
 
« Vienne 1938 : les nazis ont envahi l’Autriche et persécutent les juifs. Par optimisme, Sigmund Freud ne veut pas encore partir ; mais en ce soir d’avril, la Gestapo emmène Anna, sa fille, pour l’interroger. Freud, désespéré, reçoit alors une étrange visite.  Un homme en frac, dandy léger, cynique, entre par la fenêtre et tient d’incroyables discours... Qui est-il ? Un fou ? Un magicien ? Un rêve de Freud ? Une projection de son inconscient ? Ou bien est-il vraiment celui qu’il prétend être : Dieu lui-même ? Comme Freud, chacun décidera, en cette nuit folle et grave, qui est le visiteur...? »
Éric-Emmanuel Schmitt situe le récit théâtral dans le contexte sordide de l’anschluss où l’accélération des persécutions des juifs installe à Vienne comme dans toute l’Autriche un climat permanent oppressant et mortifère. Ana et Sigmund Freud se retrouvent piégés chez eux, comme des animaux en cage, comme des êtres en peine, en souffrance et en rage. Quand soudain survient la visite inattendue d’un homme que tout désigne d’importance. Serait-ce l’espoir de comprendre l’essentiel ? de se comprendre ? de donner sens à ce qui parait être la vacuité de toute piété ou à ce qui pourrait être la vanité existentielle ?
Un huis clos prégnant et passionnant, piqué d’un humour savoureux, élégant et enthousiaste, où la densité des jeux happe toute l’attention de l’auditoire invité à baigner parmi les affres des personnages, leurs souffrances, leurs espoirs et leurs… doutes.
Car cette pièce revêt de mon point de vue la forme d’une exégèse fabuleuse et magnifiée du doute, tout en nuances de perception et en effets spectaculaires. Ce doute, summum du scepticisme imposé par une colère qui s’impatiente de ne pouvoir agir. Ce doute, qui tout au long de la pièce nous ballottera entre les craintes, les croyances et les certitudes. Ce doute enfin, qui semble ne résulter que de cet échange impossible entre le don du Bien et les dettes du Mal.
Le texte est tissé avec la légèreté nécessaire, parsemé de formules sibyllines et savamment imagées venant colorer les situations de respirations apaisantes et souriantes, qui le rendent totalement accessible, étonnamment proche et complice, comme un ami qui se dévoue pour nous.
Dans un contexte d’une violence inouïe, les duels qu’occasionne cette joute formidable se révèlent finalement doux et empathiques. Les ressorts dramaturgiques entretiennent la tension par de nombreux rebondissements, apports ou renversements de situations.
La mise en scène de Johanna Boyé assistée par Caroline Stefanucci offre un regard et une écoute enrichis par une variété de traitements scéniques. De la personnification de l’émotion à l’interaction entre les personnages, en passant par la variation des puissances de voix, entre chuchotements et explosions de colère ou de flashs d’enthousiasme joyeux, et par les entrées-sorties des personnages, tout est surprises, suspensions ou apaisements. Une mise en scène qui respire et qui nous embarque aisément dans un huis clos magnifique. Le superbe décor, les costumes, les lumières et les musiques, particulièrement soignés, apparaissent une évidence tant ils sont ajustés à convenance à la mise en vie du texte et aux jeux des comédiens et de la comédienne.
L’interprétation est une splendeur. Fluide, habitée avec justesse et précision, nous avons là une illustration d’un très grand moment de théâtre. Katia Ghanty et Maxime de Toledo, superbes et crédibles, composent avec réussite deux personnages troublés et troublants.
La folie du jeu est à son comble d’intensité et de nuances avec Franck Desmedt (le visiteur) et Sam Karmann (Sigmund Freud). Du combat à la fusion, de la répulsion au rapprochement, entre affection et désarroi, entre soumission et révolte, ils forment ensemble un duo fantastique. Chacun dans son rôle ou tous les deux face à face, ils sont ahurissants de vérité, d’engagement et d’émotion. Littéralement époustouflants, il faut les voir, c’est incroyable.
Un spectacle de très haute qualité. Pour son texte captivant bien sûr. Sa mise en scène habile et agréable. Et surtout, son interprétation sublime. Un réussite à ne surtout pas manquer.

Frédéric Perez

De la cour au jardin - « Spectacle incontournable. »

Dieu est un croqueur de Xanax ?

C’est vrai, quoi ! Il a raison, Eric-Emmanuel Schmitt ! Quand Dieu est en pleine déprime, qu’est-ce qu’il peut bien faire ?
Se shooter aux anxiolytiques ? Suivre une psychanalyse ? S’allonger sur un divan ? Mais alors auprès de qui ?

Voici une vingtaine d’années, c’est en suivant le JT de 20h00, porteur comme à l’accoutumée de son lot d’horreurs que l’écrivain a eu cette idée épatante : que se passerait-il si Dieu rencontrait un certain Sigmund Freud ?

Vienne. 1938.
Le bureau-cabinet de curiosités du père de la psychanalyse.

Dehors, le bruit des bottes rythmant les chants nazis. Ou le contraire…
Alors que sa fille Anna va être emmenée par un officier de la Gestapo, un type étrange, élégamment vêtu, œillet à la boutonnière, passe par la fenêtre et se fige devant le scientifique.

Qui est-il vraiment cet individu ?
Un fou ? Un illusionniste ? Un type qui voudrait séduire Anna ? Un songe de Freud ? Ou bien… Celui qui j’évoquais plus haut ?
Allez savoir…

Ce qui est certain, c’est que ces deux-là vont se livrer à une hallucinante joute oratoire.

Avec cette pièce, Eric-Emmanuel Schmitt nous interroge de façon vertigineuse au sujet d’un verbe étrange : le verbe croire !
Peut-on encore croire en Dieu, alors qu’autour du vous, le mal absolu règne ?
Peut-on encore croire en Dieu après qu’une poignée d’hommes aient décidé d’assassiner six millions de leurs semblables ?

Et si l’on ne croit plus en Dieu, faut-il croire en l’Homme, alors ?
Pas gagné d’avance, si l’on en juge par sa faculté à détruire le monde qui l’entoure, obnubilé qu’il est par l’argent-roi, cet Homme-là !

Croire ou ne pas croire ? Telle est la question.

En tout cas, ce qui est certain, c’est qu’il faut absolument croire aux comédiens !
Ceux qui sont devant nous sur le plateau sont purement et simplement admirables !

Ce qui va se jouer devant nous est une incandescente et fascinante joute verbale entre Frank Desmedt, qui à peine sorti du Lucernaire pour sa Promesse de l’aube, rejoint Sam Karmann sur la scène du Rive-Gauche.

Ces deux-là, tels des félins, vont se chercher, s’apostropher, se provoquer, tenter de se convaincre l’un-l’autre.
C’est un bonheur total que de les voir jouer chacun leur partition, un vrai plaisir à entendre dans leur bouches les formules et les envolées littéraires de l’auteur.
Nous sommes cueillis dès leurs premiers mots, et captivés par ce qu’ils nous disent et par la façon dont ils le disent.

MM Desmedt et Karmann par petites touches, finement, subtilement, vont habiller leur personnage respectif d’une vraie profondeur, physique et psychologique, ainsi que d’une grande épaisseur dramaturgique.
Il faut un sacré talent pour incarner ce genre de rôle, et pour mettre en évidence l’ambiguïté du propos.

C’est bien simple, je me suis demandé si sur la scène, on ne tenait pas déjà le futur Molière 2022 du meilleur comédien.
Les deux sont véritablement impressionnants.

Katia Ganthy est une Anna qui tient tête à la fois à son père, mais surtout à l’officier SS interprété par Maxime de Tolédo, en uniforme noir et casquette à tête de mort.
Les deux parviennent à exister, auprès des deux rôles principaux, et sont d’une irréprochable justesse.

Johanna Boyé a quant à elle pleinement réussi sa mise-en-scène.
Sur un plateau resserré par le beau décor de Camille Duchemin, elle parvient à créer beaucoup d’espace.
Elle sait placer et faire bouger les corps de ses acteurs et faire en sorte que nous éprouvions ce sentiment d’espace. Ici, on n’étouffe pas.

La majeure partie de la pièce étant constituée de scènes à deux personnages, Melle Boyé propose de multiples solutions pour ne pas ennuyer ou lasser les spectateurs.
Tout ceci est fluide, léger, aéré.

Elle est parvenue également à donner également un côté onirique au spectacle, par l’utilisation de quelques tours de magie nouvelle, ce qui vient renforcer en quelque sorte le côté surnaturel de l’entreprise littéraire et artistique.
Et non, vous n’en saurez pas plus…

La musique de Mehdi Bourayou et les lumières De Cyril Manetta contribuent également à cette impression d’onirisme.

Nom de Freud !
Allez vous faire votre propre opinion quant à l’identité de ce visiteur-là...

Courez toutes affaires cessantes au Rive-Gauche assister à une représentation de cet incontournable spectacle de début de saison.


Croyez-moi !

Yves POEY

SNES-FSU - « Le Visiteur 2021 - Dieu et Freud n’auraient-ils pas beaucoup de choses à se dire ? »

Vienne 1938. Freud dans son appartement, où par les fenêtres parviennent des bribes de discours nazis, parle avec sa fille, Anna. Elle veut qu’il signe un papier exigé par les nazis pour les laisser partir. Il hésite. L’arrivée d’un Gestapiste qui emmène sa fille trop insolente le laisse dans l’inquiétude. C’est alors que, semblant venu de nulle part, apparaît un homme en habit, chapeau sur la tête, canne à la main. Par où est-il entré, qui est-il, que veut-il ? Il élude les questions, mais semble connaître le passé et annoncer l’avenir. Freud s’interroge, voleur, malade mental ? Il le fait s’allonger sur le divan, tente l’hypnose, sans succès. Alors qui ? Un rêve, une projection de son inconscient ? Et si c’était Dieu ? Mais Freud ne croit pas en Dieu !

Le texte d’Éric-Emmanuel Schmitt est intelligent et brillant. Dans ce débat entre Freud et le visiteur, « tous deux doivent avoir énormément de choses à se dire puisqu’ils ne sont d’accord sur rien ». Freud évoque bien sûr l’argument de l’existence du mal pour réfuter la croyance et Dieu répond par la liberté de l’homme. Nombre des arguments utilisés classiquement dans le débat sur la croyance sont là, mais leur formulation, marquée par l’humour, accroche le spectateur, d’autant plus que le visiteur laisse planer jusqu’au bout le mystère sur son identité.

La mise en scène de Johanna Boyé installe la pièce à la fois dans le réalisme et dans le rêve. Réalisme par le décor – le bureau de Freud avec ses rideaux, son divan, la bibliothèque avec ses livres et ses objets – et par la menace que portent les bruits de discours et de chants nazis arrivant par les fenêtres. Rêve et mystère avec un peu de magie – ce document qui s’échappe des mains de Freud, tellement peu désireux de le signer, canne de Dieu qui se transforme en pluie de paillettes, Anna emmenée par la Gestapo qui apparaît dans le tableau sur le mur.

Katia Ghanti (Anna) et Maxime de Toledo (le gestapiste ), tous deux très justes, réussissent à faire exister leur personnage aux côtés des deux acteurs brillants qui interprètent Freud et le Visiteur. Sam Karmann incarne Freud, qui voit le fascisme envahir tout, qui a peur pour sa fille, qui hésite à partir pour sauver sa famille car il sait que cela revient à se désolidariser de ceux qui n’en ont pas la possibilité. Il est le vieux monsieur hésitant que l’on imagine, s’interrogeant sur son mystérieux visiteur, tiraillé entre son athéisme et ce personnage qui lui échappe. Franck Desmedt, qui est aussi à l’affiche du Lucernaire dans le Voyage au bout de la nuit, campe avec une intelligence, une ironie et une élégance folles cet inconnu. Il apparaît et disparaît derrière les rideaux, s’amuse à entretenir l’ambiguïté, joueur, maître du jeu, un peu déprimé parfois, tout de même ! Feu follet diabolique, un comble pour Dieu, mais le personnage est-il Dieu ?

Micheline Rousselet

Art-paradis - « Le visiteur 2021 - Du beau et grand théâtre de qualité. »

 

Le Visiteur d'Eric-Emmanuel Schmitt : un visiteur pas comme les autres

 

En cette rentrée théâtrale, le théâtre Rive Gauche propose à l'affiche Le Visiteur d'Eric-Emmanuel Schmitt (son propriétaire n'est autre que l'auteur et dramaturge).

Il s'agit d'une création 2021 montée par la jeune et talentueuse Johanna Boyé (on lui doit notamment Les Filles aux mains jaunes et Est-ce que j'ai une gueule d'Arletty ?) et qui a déjà triomphé au dernier festival d'Avignon.

Le Visiteur est pour Johanna Boyé la pièce qui lui a donné envie de faire du théâtre et de devenir metteure en scène.

La pièce pose le sujet de l'existence de Dieu et si c'est le cas, sur son inaction face aux atrocités du monde comme celles perpétrées par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

Une question existentielle et philosophique posée par l'auteur qui décide de faire rencontrer Freud, qui à l'automne de sa vie est harcelé par un officier nazi dans son cabinet à Vienne, avec un mystérieux visiteur.

Quel est donc ce visiteur ? Dieu ou un fou échappé de l'asile ?

Là est toute la question qui laisse Freud dans le trouble et par la même occasion le spectateur (et ce jusqu'à la fin).

La pièce se déroule en une nuit dans le cabinet de travail de Freud. Un jeu de mystère va naître avec les apparitions et les disparitions de cet énigmatique visiteur. Le personnage de Freud est-il plongé dans une hallucination passagère ? Est-ce le fruit de son inconscient ?

Le dialogue, finement écrit par Eric-Emmanuel Schmitt, entraîne le spectateur dans un débat éthique entre deux visions du monde qui s'opposent. De grandes questions existentielles surgissent ici : qu'est-ce qu'être juif ?

Avec beaucoup d'humour, Schmitt s'amuse de ces questions et élargit la réflexion sur le concept de la différence de l'autre.

Avec esprit et finesse, l'auteur, au travers du personnage de Freud, pose aussi la question éthique de fuir pour échapper aux nazis et en même temps corrompre son intégrité, ou bien rester par solidarité avec ses camarades et risquer l'étoile jaune et les camps.

Les quatre comédiens sont excellents de vérité et de talent. Leur jeu est le deuxième ingrédient, après l'écriture d'Eric-Emmanuel Schmitt, qui fait la réussite de cette pièce. Freud est interprété par un Sam Karmann complètement habité par son personnage et avec humilité et justesse, il se met au service du texte, comme le font les grands comédiens. Face à lui, dans la peau de ce mystérieux visiteur, Franck Desmedt virevolte, lévite. Avec dextérité et agilité, il joue au trublion ou trouble-fête à merveille.

Maxime de Toledo en officier nazi est un choix judicieux et pertinent de la distribution.

Dans le rôle d'Anna, la fille de Freud, Katia Ghanty est pleine d'énergie, de dynamisme et dotée d'une belle présence. Elle donne parfaitement le change à ses partenaires et notamment à Sam Karmann incarnant son père.

En somme, les comédiens forment un quatuor homogène servant avec talent le texte plein d'esprit de l'auteur.

 

Quant à la mise en scène, que dire si ce n'est que par sa sobriété, son efficacité et sa précision, elle permet à ses comédiens de parfaitement jouer leur partition dans une grande fluidité, mettant de surcroît en exergue les mots d'Eric-Emmanuel Schmitt et l'intrigue de la pièce.

Le Visiteur au théâtre Rive Gauche se joue jusqu'au 17 décembre prochain. Du beau et grand théâtre de qualité que nous offre ici Johanna Boyé avec un texte magnifique et des comédiens hors pair.

 

Cédric Cilia

L'Oeil d'Olivier - « Le Visiteur 2021 - Le visiteur, troublant et freudien face à face au Rive Gauche. »

Le visiteur revient hanter le théâtre Rive Gauche pour nous questionner sur la place de Dieu dans ce combat éternel entre le bien et le mal ! Mis en scène par Johanna Boyé, Sam Karmann et Franck Desmedt font résonner avec force le texte d’Eric Emmanuel Schmitt, qui fut auréolé de trois Molières lors de sa création en 1994.

C’est au Festival d’Avignon OFF, au Théâtre actuel que le spectacle a été redonné, remonté avec succès. Eric-Emmanuel Schmitt fait partie de ces auteurs populaires, aimés du public. Suscitant un certain engouement, sa pièce, qui a marqué à sa création, revient avec un intérêt renouvelé, notamment pour la curiosité de découvrir Sam Karmann dans le rôle de Freud, mais aussi par la qualité artistique de la nouvelle mise en scène ciselée par la talentueuse Johanna Boyé.  

Une nuit surprenante

Nous sommes en 1938, les nazis viennent d’envahir l’Autriche. À Vienne, Freudmalgré les suppliques de son entourage et surtout de sa fille hésite à partir, refusant d’admettre combien il ne fait pas bon être juif dans ce contexte. Cette nuit d’avril, qui devait annoncer le printemps plutôt que l’hiver, le célèbre psychanalyste est en proie à la plus grande inquiétude, sa fille Anna a été arrêtée pour être interrogée par la Gestapo. C’est alors que surgit un homme surprenant, qui connaît tout sur lui, et qui va tenir d’incroyables discours sur le monde, les hommes et leur destinée ! 

Enquête psychanalytique 

Qui est-il ?  Dieu lui-même, le diable, un fou ? Ne serait-il pas juste la représentation de l’inconscient de Freud Schmitt nous laisse résoudre l’énigme… En tout cas, l’auteur profite de cette joute verbale pour se questionner sur la place de la foi quand le monde déraille ! Comment justifier l’existence du mal malgré Dieu ! On peut se demander si c’est la main de Dieu ou celle du diable qui a fait que les hommes sont ce qu’ils sont ? Ou aucun des deux, mais plus celle de l’homme lui-même, assez grand pour se faire du mal ! « Ce serait un drôle de Dieu, un dieu cruel, un dieu sournois, un criminel, l’auteur du mal des hommes… Au fond, s’il y avait un dieu, ce ne pourrait être que le Diable ».

Une mise en scène ingénieuse

Dans un décor d’une grande élégance, signée Camille Duchemin, représentant le cabinet bourgeois de Freud, la metteuse en scène, Johanna Boyé, laisse planer une atmosphère singulière, celle de l’étrange, du surnaturel. Jouant sur les lumières, elle oscille entre le monde du rêve et celui des cauchemars pour décrire cette nuit où tout va se jouer pour le psychanalyste. Cela fonctionne très bien et donne au spectacle un beau cachet.

Sam Karmann, un Freud plus vrai que nature

Sam Karmann est un Freud des plus convaincants. Bien sûr, il s’est fait la tête de son personnage et elle lui va si bien que cela en est troublant. Mais il ne faut pas s’arrêter à ce simple grimage, car le comédien, dans un jeu précis, apporte une belle humanité à son personnage. On voit avant tout le père plus que le praticien ! Katia Ghanty s’est glissée avec la fougue de la jeunesse dans le rôle d’Anna, inquiète et si forte à la fois. 

Incroyable Franck Desmedt

Parce que le rôle est aussi ainsi fait, Franck Desmedt est exceptionnel dans le personnage mystérieux. Il donne à ce dandy flamboyant et cabotin une sorte de folie toute théâtrale et donc mystique ! Comme Jules Berry, le diable dans Les visiteurs du soir, il joue avec les mots, faisant virevolter ses mains ! Quel comédien ! Il y a de la profondeur, de l’inventivité dans sa prestation qui nous a totalement séduits !

Marie-Céline Nivière

Publications

  • En langue allemande, édité chez Libelle Verlag
  • En langue anglaise (UK), édité chez Methuen
  • En langue bulgare, publié par Lege Artis
  • En catalan, édition Llibres de L'Index
  • En langue française, édité chez Acte Sud, Albin Michel: Théâtre1,en livre de Poche:Théâtre*
  • En langue grèque, édité chez Kastaniotis
  • En langue italienne, publié par Edizioni e/o
  • En langue polonaise, publié par les éditions Znak

Au théâtre

Allemagne: Der Besucher

Traduction de Annette et Paul Bäcker

Aachen, 99/00, 2009

Bamberg, Kath. Pfarramt, 2005

Berlin, Theater am Kürfurstendamm, septembre 03

Berlin, Renaissance Theater, mars 04

Bonn-Bad Godesberg, Kleines Theater im Park, 00/01

Celle, Schlossparktheater, 98/99 ou 99/00

Hamburg, Thalia Theater, 97, 98/99

Heidelberg, 99/00

Erfurt, Theater der Stadt, 98/99

Essen, Schauspiel, 97

Karlsruhe, Theater Die Insel, 96/97

Köln, Theater Der Keller ou im Bauturm, janvier 99

Konstanz, Stadtstheater, 99/00 ou 98/99

Landgraf, Konzertdirektion, 98/00

Leipzig, Leipziger Spielgemeinde, 2005

Lübeck, Theater Combinale, 98/99

Maßbach, Fränkisches Theater, 2005

Warendorf, Das Theater am Wall, 2012

Würzburg, Theater Ensemble, 2019

Arménie

Yerevan, National Centre of Aesthetics, 2011

Belgique

Bruxelles, Théâtre Le Public, 2006-2007-2008-2009

Liège, Théâtre Arlequin, 2009-2010

Chine

Hong Kong, Theatre Spâce, 2007-2008

Corée

Séoul, Sanwoollim Theatre Company, 2008-2009

Danemark

Aarhus, Teatergruppen Stormen, 2014-2015

Espagne

Terrassa, Punt i Seguit Teatre, 2008-2009-2010

Estonie

Tallinn, Estonian Drama Theatre, 2012-2013

Géorgie

Tbilisi, Rustaveli State Theatre, 2007-2008

Hongrie

Budapest, Theatrum Mundi, 2017-2018

Italie

Florence, Teatro della Pergola, 2015

Lituanie

Vilnius, National Drama Theatre, 2001-2002

Norvège

Oslo, Nationaltheatret, 2007-2008-2009

Portugal

Lisbonne, Teatro Aberto, 2000-2001

République Tchèque

Prague, Divadlo Miriam, 2006-2007-2008-2009

Liberec, Divadlo Fx.Saldy, 2007-2008-2009

Roumanie

Bucarest, Théâtre National Nottara, 2005-2017

Iasi, Théâtre National, 2007-2008

Russie

Naltchik, Théâtre Mukhodin Nagoev, 2009-2010-2011

Saint-Pétersbourg, Théâtre Dramatique satire, 2003-2008

Serbie

Belgrade, Theatre Atelje 212, 2005-2006-2007-2008

Suisse

Genève, Théâtre de la Traverse, 1999

Genève, Théâtre Les Salons, 2000-2001

USA

Coloradi, Miners Alley Playhouse, 2009-2010