Le sumo qui ne pouvait pas grossir

Résumé

Cinquième volet du cycle de l'invisible 

Sauvage, révolté, Jun promène ses quinze ans dans les rues de Tokyo, loin d'une famille dont il refuse de parler.
Sa rencontre avec un maître de sumo, qui décèle un « gros » en lui malgré son physique efflanqué, l'entraîne dans la pratique du plus mystérieux des arts martiaux.
Avec lui, Jun découvre le monde insoupçonné de la force, de l'intelligence et de l'acceptation de soi. Mais comment atteindre le zen lorsque l'on n'est que douleur et violence? Comment devenir sumo quand on ne peut pas grossir?

A l'envers des nuages, il y a toujours un ciel...

Après Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose, L'enfant de Noé , Eric-Emmanuel Schmitt poursuit Le Cycle de l'Invisible avec ce nouveau récit qui mêle enfance et spiritualité, nous conduisant ici à la source du bouddhisme zen.

Critiques

Buddachannel - « EES, le philosophe en paraboles »

Qui est ce mystérieux Shomintsu qui "voit un gros" en Jun, adolescent filiforme de 15 ans qui survit en vendant des romans-photos à la sauvette ? Tokyo est vaste et pourtant Shomintsu se retrouve en permanence sur le chemin de Jun. Il finit par lui avouer qu'il dirige une école de lutteurs et l'inviter à voir une compétition. Recroquevillé sur ses douleurs d'enfance, Jun va découvrir que la pratique de ce sport qu'il trouvait ridicule est un chemin de sagesse. Il apprend à s'éloigner de lui-même pour mieux se trouver ; à se délester du passé pour donner tout son poid à l'avenir. L'adolescent furieux contre lui-même, persuadé de n'être aimé de personne pas même de son ange de mère, tiendra bientôt, par la concentration et la méditation, ses émotions à distance. Le plus mystérieux des arts martiaux l'initie à la philosophie Zen et transforme peu à peu l' "allergie universelle" en... " une envie de VIVRE !" : le jeune homme de 18 ans sait désormais qu' "à l'envers des nuages, il y a toujours un ciel".

Avec Le Sumo qui ne pouvait pas grossir, Eric Emmanuel Schmitt ajoute le conte du bouddhisme zen au "cycle de l'invisible" auquel appartiennent déjà Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la Dame Rose et L'Enfant de Noé, un nouveau récit qui mêle enfance et spiritualité.***

ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT, le philosophe en paraboles"

A l'envers des nuages, il y a toujours un ciel." Telle est la sentence zen que, dans le dernier roman-parabole d'Eric-Emmanuel Schmitt, le vieux Shomintsu s'efforce de faire comprendre au jeune Jun, gosse des rues de Tokyo rempli de haine envers le monde entier. Cette devise d'espérance aurait eu tout à fait sa place dans la bouche de Monsieur Ibrahim, elle aurait pu éclore parmi les "fleurs du Coran" de sa sagesse soufie. On imagine bien qu'elle ait pu être aussi prononcée par la dame Rose, dans ses conversations à l'hôpital avec le petit Oscar. Ou encore par le prêtre sauveur de juifs de L'Enfant de Noé, enseignant les principes du judaïsme à ses jeunes protégés. Milarepa, le grand mystique tibétain dont l'histoire fait partie du même "cycle de l'invisible" du romancier, aurait pu aussi la formuler, après avoir traversé les nuages de son désir de vengeance. Car tous ces récits à la fois simples et profonds qu'Éric-Emmanuel Schmitt nous offre d'année en année n'ont en fait qu'une seule visée : nous faire toucher du doigt la possibilité d'un "ciel". Un ciel, oui, non pas une chimère supersticieuse manipulée par tel ou tel, mais tout simplement un "au-delà" du visible et du raisonnable, un espace qui ne serait pas totalement maîtrisable par l'homme, mais dans lequel l'homme pourrait trouver à se fonder intérieurement. Voilà qui peut paraître bien peu philosophique, au sens académique du terme. Mais précisément, notre normalien agrégé de philosophie revendique la nécessité de faire le deuil d'un certain esprit de déduction, incapable de nous faire vivre - ce qui s'appelle vivre - et donc générateur d'angoisse.

Dans le dernier numéro de PHILO MAGAZINE, Eric-Emmanuel Schmitt précise très clairement : "Je me suis progressivement détaché de l'absurdisme, pour rejoindre le mystère, l'idée qu'un sens peut se déployer dont je ne suis pas nécessairement le producteur. En renouant avec l'idée que ce qui m'échappe n'est pas nécessairement du non-sens, j'ai substitué à l'angoisse la confiance, qui est pour moi une version laïque de la foi." Voici dont le mot essentiel : la confiance, cette sorte de pari serein sur l'inconnu qui est seul capable de nous faire entrevoir du neuf, du vivant, du non-conditionné. Là se situe la raison profonde de cette fascination pour Jésus qu'avoue celui qui n'hésite pas aujourd'hui à se définir comme "agnostique, précise t-il, car je ne sais pas si Dieu existe. Je crois que oui, mais cette croyance n'engendre aucun savoir. Chrétien car je trouve dans les Évangiles une ressource éthique et spirituelle inépuisable [...] dans laquelle la valeur de l'amour est promue de façon inconditionnelle et inconditionnée".
DANS LE MÊME MAGAZINE où il s'entretient avec le philosophe musulman Abdennour Bidar , Eric-Emmanuel Schmitt décrit ainsi son cheminement : "Je suis né et j'ai grandi dans un monde athée, dans le rejet, que je croyais définitif, de la religion. [...] Et puis, j'ai peu à peu éprouvé un sentiment d'épuisement vis-à-vis de la rationalité, qui était incapable de répondre à mes questions. J'ai pris le parti de m'ouvrir à des suscitations non rationnelles : expériences artistiques, mystiques, confrontations avec les textes révélés." C'est ainsi que le philosophe est devenu écrivain, et c'est ainsi que l'écrivain est devenu "mythophage", retissant inlassablement, avec une créativité époustouflante, les fils des grandes fables fondatrices. Ce "conteur caméléon", comme on a pu le qualifier, sait nous parler des choses essentielles de la vie en prenant les masques les plus osés : ceux des héros de toujours (de Don Juan à Faust en passant par Ulysse), ceux des génies de l'histoire (de Diderot à Freud en passant par Mozart) et même ceux des antihéros les plus repoussants (de Ponce Pilate à Hitler) dont il se plaît à imaginer - hypothèse d'école visant à nous faire réfléchir sur le mal - l'utopique rédemption.
Le jeune Jun de ce dernier roman mériterait bien le qualificatif d'antihéros, car, franchement, cette petite teigne de quinze ans n'a rien à voir avec Oscar ni avec Momo. Vulgaire, égoïste, hargneux, il lui faudra tomber au plus bas avant d'être capable d'entendre le vieil homme qu'il a d'abord pris pour un débile et qui lui répétait inlassablement, à lui, le SDF rachitique : "je vois un gros en toi." Pour faire de cette piètre canaille un adepte subtil du zen, il fallait au moins s'appeler Eric-Emmanuel Schmitt, alias Shomintsu le vieux sage.

Source : L'Homme en Question, numéro 23

Web TV Culture - « Voir l'émission... »

Cliquer sur le lien: http://www.web-tv-culture.com/

Santé yoga - « Sumo »

...le texte simple et profond nous fait toucher du doigt la confiance, cette sorte de pari serein sur l'inconnu, seul capable de nous faire entrevoir du neuf, du vivant, de l'inconditionné.

Direct soir - « Petit à  petit, l'ado grossit »

...Un comte moderne qui aborde le bouddhisme zen avec finesse et humour.

Le Figaro Magazine - « Le sumo qui ne pouvait pas grossir »

... simplicité, humour et humanité.

Isabelle Courty

Virgin - « Enorme »

... Une nouvelle légère en apparence mais gorgée de sagesse. Chez Eric-Emmanuel Schmitt rien n'est jamais gratuit. Sa plume d'apparence simple et limpide est la messagère d'une philosophie de la vie. Rares sont les écrivains qui réusissent à atteindre deux cibles: divertir et nourrir les lecteurs.

Europe1 - « Voir, entendre et lire... »

"La légèreté est une attitude philosophique". Une ligne que s'est fixé le normalien et agrégé de philosophie, Eric-Emmanuel Schmitt.
Mais même la légèreté la plus apparente peut cacher un sens. Ainsi à l'instar d'un Voltaire ou d'un La Bruyère, EES a choisi le récit court pour partager à travers le comte, une réflexion.

Voir l'émission de radio "Y'en aura pour tout le monde" et la critique de Philippe Besson

Ariane Schwab

RTL - « 2 émissions à  écouter »

Ecouter Bernard Lehut dans "Les livres ont la parole"

Bernard Lehut reçoit tous les dimanches midi des auteurs qui marquent l'actualité de la littérature. Cette semaine, Eric-Emmanuel Schmitt pour "Le sumo qui ne pouvait pas grossir"

Ecouter Philippe Bouvard dans "Les grosses têtes" du 14/04/09

France 2 - « "Dans quelle étagère" »

"Dans quelle étagère"

Le Pèlerin - « Comment devenir sumo? »

... Tout le talent de l'auteur, sa capacité à prendre le lecteur par la main pour le faire cheminer avec lui se retrouvent dans ce joli texte. Jamais sentencieux, toujours profond, ce roman poursuit le cycle de l'invisible. N'ayez crainte, la lecture de ce  roman ne vous fera pas grossir, juste grandir.

Catherine Lallanne

L'Hebdo (Suisse) - « Schmitt contre Coelho, les fables des gourous »

...Philosophe devenu écrivain, athée devenu mystique, Eric-Emmanuel Schmitt est désormais «mythique», revisitant avec une belle créativité les fables fondatrices de notre culture, de Don Juan à Hamlet, en passant par Freud ou Jésus. Dans son genre, son Sumo est, avec ses 100 courtes pages, parfait.

Coelho aurait pu s'inspirer de cette concision, au lieu de ressasser des évidences en moralisant à gros traits là où Schmitt suggère d'un zenifiant trait de plume.

Isabelle Falconnier

Confidentielles.com - « Drôle de sumo »

Le Matin (Suisse) - « Le roman japonais d'Eric-Emmanuel Schmitt »

Le nouveau livre d'Eric-Emmanuel Schmitt est tout simplement un petit bijou. Bref, poétique, d'une écriture d'une incroyable vitalité, «Le sumo qui ne pouvait pas grossir» rassemblera sans conteste dans un même élan les amateurs de l'auteur comme ses détracteurs... ce nouveau roman sonne avec une force claire et pimpante - comme une fontaine d'eau fraîche dans un jardin japonais.

Difficile d'en dire plus sans déflorer le bel objet. Disons seulement qu'à travers ce nouvel opus, Eric-Emmanuel Schmitt revient au conte philosophique, rappelant ses précédents ouvrages tels «Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran» ou «Oscar et la dame rose». Il y mêle, à coup de réflexions douces ou abruptes, l'enfance et la spiritualité, le poids du présent et les jougs du passé, ou encore les rêves enfouis et les désespoirs paralysants. Ce récit japonisant à souhait évoque alors de la plus belle des manières l'esprit du bouddhisme zen.

L'écriture fait montre aussi d'une nouvelle maturité. Plus dense, plus net, plus tranchant aussi, le style de l'écrivain a véritablement gagné en efficacité et en poésie.

L'objet est d'une telle beauté poétique, entre touches de cynisme et élans spirituels, qu'on aimerait le relire dès la dernière page tournée.

Anne-Sylvie Sprenger

Le Républicain Lorrain - « Les paraboles du philosophe »

Après son dernier ouvrage Ulysse from Bagdad, Eric-Emmanuel Schmitt revient avec Le sumo qui ne pouvait pas grossir, à ces romans paraboles dont il a le secret et qui ont déjà séduit des milliers de lecteurs, tels Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran ou Oscar et la dame rose....

Une fois de plus, sous la plume d'Eric-Emmanuel Schmitt, un de ces récits simples et profonds qui nous font toucher du doigt la possibilité d'un au-delà invisible, d'un au-delà où enraciner son être afin de vivre mieux et de maîtriser l'angoisse naturelle chez tout un chacun.

Midi Libre - « Contes japonais »

Le sumo qui ne pouvait pas grossir est un joli conte initiatique s'inscrivant dans le « Cycle de l'invisible » (Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Milarepa...). On y découvre comment la volonté peut désamorcer la fatalité, la méditation triompher de la force, et l'amour dépasser les peurs. Le style épuré, limpide et drôle d'Eric-Emmanuel Schmitt, ... est à l'unisson de l'ambiance zen.

Avec en toile de fond une vision inquiétante de Tokyo, « ville de goudron, de pierre, de béton dont les échangeurs routiers s'étageaient et s'enroulaient telles des lianes ».

Le sumo qui ne pouvait pas grossir est un court récit qui enchantera autant les parents que les enfants.

Jean-Marie Gavalda

Murmures (Suisse) - « son héros, Jun, est un personnage très attachant .... »

... son héros, Jun, est un personnage très attachant qui découvre la philosophie zen à travers un sport qui lui permet de développer son physique et son mental et de dépasser ses douleurs d'enfance. Avec une intrigue et des mots simples mais qui touchent juste, la lecture est comme toujours avec Schmitt très agréable et les pages tournent toutes seules, nous laissant avec un sourire sur le visage.

Peut-être le seul défaut de ce livre est qu'il se lit en moins d'une heure, alors qu'on en aimerait davantage !

Katia Margraf

RTBF (Belgique) - « Ecouter l'interview de N. Debarre »

Le Quotidien (Belgique) - « une fois encore, ... »

... une fois encore, il en sera qui diront que Schmitt, c'est facile, léger. Une fois encore, il leur répondra, avec modestie et humour: "La légèreté est une attitude philosophique!"

S.B.

La Libre Belgique - « Un ado sauvé par le sumo »

Les quelques séquences de sumo que j'ai vues à la télévision m'avaient laissé effaré et incompréhensif : ces corps surdimensionnés, lourds, quasi nus, une ficelle entre les fesses, qui s'étreignent et se culbutent, non merci ! Et cela au pays qui nous offre, avec les cerisiers en fleurs, la cérémonie du thé, le théâtre No, ce qu'il peut y avoir au monde de plus raffiné et de plus exquis.

Et voici qu'Eric-Emmanuel Schmitt le prend pour thème d'un récit dont le titre suggère qu'il plaint un garçon qui ne parvient pas à grossir - heureux garçon, pensais-je, alors que chez nous tant d'adolescents souffrent d'obésité. J'ai donc ouvert son dernier livre avec curiosité, et j'en suis sorti converti et heureux.

[...]Ce conte est le cinquième dans "Le Cycle de l'Invisible", qui est à ce jour une des plus belles réussites d'Eric- Emmanuel Schmitt. Cet agrégé de philosophie qui est l'auteur dramatique français le plus joué à l'étranger et dont l'œuvre est traduite en quarante langues, y a trouvé le moyen d'apporter à tout un public quelque chose qui l'arrache à la désespérance. 

[...]Les contes de ce cycle (rappelons aussi "Milarepa" et "L'Enfant de Noé") réenchantent le monde, non en le repeuplant d'ondines, d'elfes ou de nains de jardin, mais en faisant prévaloir l'essentiel sur l'accessoire, l'amour sur l'égoïsme, et la conviction - que l'on croie ou non en Dieu - que nous avons tous à tracer, si modeste soit-il, un sillon sur la terre.

Jacques Franck

Le Journal du Dimanche - « Les chemins que prennent les héros ... »

Les chemins que prennent les héros d'Eric-Emmanuel Schmitt [...] ont une sagesse doublée d'humour qui nous rappelle l'essentiel. Et permet à ce gigantesque athlète d'arts martiaux d'envahir cent pages à glisser dans notre poche.

Constance Poniatowski

Espace Livres - « Le romancier de l'emphatie »

Un livre bouleversant qui vous habitera longtemps après que vous l'ayez refermé.On sait d'Eric Emmanuel SCHMITT qu'il est un auteur protéiforme. Il aime à s'essayer à différents modes d'expression : l'essai,le théâtre, le cinéma la littérature et dans cette dernière catégorie, il alterne les genres littéraires.

Il excelle aussi bien dans le roman que dans la nouvelle ou dans l'invention de genres nouveaux comme c'est le cas pour son dernier ouvrage paru, le bouleversant récit intitulé « Le Sumo qui ne pouvait pas grossir »

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Edmond Morrel

Le Matin (Suisse) - « «Je me sens coupable quand je n'écris pas » »

Avec son bref «Le sumo qui ne pouvait pas grossir», qui cartonne en librairie, l'auteur français a réussi un grand livre sur le détachement. L'occasion de l'interroger sur ses pratiques spirituelles

«Le sumo qui ne pouvait pas grossir» est peut-être le plus beau livre d'Eric-Emmanuel Schmitt. Bref et intense, poétique et impertinent, ce roman nous entraîne dans les traces du bouddhisme zen, sur le chemin de l'allégement de soi.

Mais qu'est-ce qui attire l'écrivain vers les religions et les philosophies? Explications autour d'un verre, à l'occasion de sa venue au Salon du livre de Genève.

Comment vous est venue l'idée de ce conte?

Lors d'un séjour à Kyoto, au Japon, je suis allé dans un jardin zen. J'avoue que j'étais sceptique, je ne comprenais pas. Par désoeuvrement et pour faire plaisir aux Japonais qui m'invitaient, je me suis assis et j'ai pris mon mal en patience. Mon esprit s'est alors mis à vagabonder. J'ai commencé par être habité par plein de pensées négatives, comme si je me purgeais de violences, d'agressivités. J'ai eu ensuite l'impression d'éclater ma peau, de sortir de mon corps et de me mettre à planer au-dessus du jardin, alors que je ne connaissais rien au bouddhisme zen. Cette expérience m'a bouleversé.

Quel est pour vous le plus bel enseignement de cette philosophie?

Ce qui me touche le plus, c'est ce qui m'est le plus étranger: en tant qu'intellectuel européen, j'évolue dans les philosophies de la conscience. Or le bouddhisme zen propose de sortir de la conscience pour donner à l'homme une pensée qui n'est pas sa pensée «individuée», mais une pensée cosmique: la pensée du bourgeon qui bourgeonne, ou de l'oiseau sur la branche. Cet allégement de soi, en termes de concept, m'est complètement étranger. Mais, à défaut de pouvoir penser le zen, je le pratique.

Vous avez continué à le pratiquer?

De façon désordonnée, brouillonne, enfin à moi! (Rires.) De façon mixte aussi. Rien n'est pur dans mes pratiques spirituelles...

Justement, êtes-vous de ceux qui puisent un peu partout pour faire votre propre philosophie?

C'est assez choquant, mais oui. Je reçois souvent des lettres de gens qui m'insultent et me disent: «Vous devez choisir, Monsieur!» Ça me fait beaucoup rire et, en même temps, je comprends leur point de vue. Mais c'est le point de vue de celui qui pense détenir la vérité. Or je pense que la vérité est inaccessible. Et même peut-être qu'il n'y en a pas. Pour moi, toutes les religions sont des propositions de sens, des organisations du chaos. Mon regard sur les religions est celui d'un humaniste. Je n'ai pas de leçons à donner, mais j'ai des leçons à prendre de partout.

Y a-t-il cependant une philosophie ou une religion qui vous touche plus particulièrement?

Oui, le christianisme. A cause des Evangiles. Cette promotion inouïe et violente de l'amour comme valeur première, c'est une chose qui me bouleverse. Qui me surprend. Qui me nourrit.

Mais vous n'en êtes pas pour autant convaincu?

Je ne le serai jamais. Je suis trop philosophe pour devenir vraiment religieux. Mais je suis un philosophe qui n'exclut pas l'éventualité d'une Parole révélée.

Que pensez-vous justement de cette opposition entre philosophie et religion?

La philosophie se définit comme la raison, la religion comme révélation, c'est l'opposition des Lumières. Je suis dans une position plus moderne. Bien sûr, quand on est philosophe, on parle avec la raison. Mais pourquoi refuserait-on pour autant la suscitation de ce qui n'est pas que raison? La vie, l'art, l'expérience, la révélation... Limiter le discours au discours rationnel, c'est d'une pauvreté totale.

Vous êtes un auteur plus que prolifique; l'écriture n'est-elle pas devenue votre sacerdoce?

Je n'y ai jamais pensé, mais ce n'est pas faux, dans le sens où je me sens profondément coupable quand je n'écris pas. J'ai le sentiment que je laisse le temps filer entre mes doigts et que je n'ai pas le droit de laisser le temps produire de l'inutile. Quand j'avais 20 ans, j'avais plein d'amis, filles et garçons, qui souhaitaient écrire, comme moi. Plusieurs d'entre eux sont morts quelques années après du sida. J'ai eu cette chance de n'avoir pas été touché par ce fléau. Mon rapport au temps est lié à eux: j'ai la chance de vivre, je n'ai pas le droit de perdre mon temps.

Vous parlez d'inutilité, comme si l'écriture était la seule chose qui faisait sens?

En tout cas, c'est mon utilité. Pour moi, un livre a quelque chose à voir avec la recherche de la sagesse. Le but d'un livre, ce n'est pas le livre en lui-même, c'est la vie de celui qui va le lire, son enrichissement. Et je sais que, là, j'ai ma petite part à faire.

Anne-Sylvie Sprenger

Le Soir (Belgique) - « Etape zen pour EE Schmitt »

Avec la tranquille fécondité qui le caractérise, Eric-Emmanuel Schmitt vient d'enrichir son « Cycle de l'invisible » d'un nouveau mouvement, intitulé Le sumo qui ne pouvait pas grossir, comme on dirait d'une forme musicale, ou d'un cinquième volet, si on le comparait à un polyptyque.

Oscar, l'enfant de Noé et le jeune ami de Monsieur Ibrahim ont désormais un camarade nippon, Jun, adolescent perdu sur un trottoir de Tokyo qui va vivre lui aussi une extraordinaire aventure intérieure. « Je n'avais pas, au départ, l'idée d'un cycle, confie l'auteur. Elle m'est venue quand, à la sortie de Milarepa, quelqu'un a estimé devoir en conclure que je devais forcément être un adepte du bouddhisme tibétain pour avoir écrit un livre pareil. Il m'est apparu alors que pour me préciser à moi-même ma pensée, déjouer tout soupçon de sectarisme, dont je suis, je crois, absolument dépourvu, et jouer franc jeu avec le lecteur, je devais aborder d'autres voies spirituelles. »

Quelques récits superbes ont suivi, qui ont conquis un immense public aux quatre coins du monde, soit par le livre, soit par la scène, grâce à quelques interprètes d'exception (pour la dame rose Darrieux, Bir, Duperey notamment, et bientôt Michèle Laroque dans le film auquel Schmitt réalisateur met la dernière main). Le nouveau venu ne le cède en rien aux précédents : il nous familiarise avec le bouddhisme zen à travers l'initiation d'un ado en rupture de tout, en qui un maître du sumo s'acharne à voir un « gros », à savoir un de ces athlètes plus que rebondis et tenus, au pays du Soleil Levant où la sveltesse est courante, pour des canons de force, de sagesse et de beauté.

« Nous avons tous besoin que quelqu'un nous dise qui nous sommes, qui décèle ce que nous portons en nous. Cela m'est arrivé très jeune, on m'a reconnu un talent que je ne me connaissais pas. J'aurais voulu être musicien, ce sont d'autres qui ont repéré l'écrivain en moi, je ne l'avais pas pressenti. Cette révélation est une des sources du livre. L'autre, c'est évidemment le Japon, que j'ai découvert quand ils ont joué mes Variations énigmatiques là-bas. L'expérience du jardin zen, je la décris comme je l'ai éprouvée, vraiment comme une transe. C'est l'un de mes grands moments, tout en reconnaissant que je suis une bonne proie pour ce genre d'effusion mystique. »

On éprouve quelque chose d'analogue à la lecture de ce Sumo qui ne pouvait pas grossir, compact comme un diamant, tendu comme un arc, qui atteint, par sa prodigieuse phrase ultime, sorte de satori, le point d'harmonie que poursuit la pensée zen. Le Schmitt philosophe et aussi le Schmitt pédagogue à sa manière y sont à l'œuvre avec la maîtrise d'un artiste oriental. On a d'ailleurs pu dire déjà, et c'est très juste, que le livre était une sorte de « haïku romanesque ».

Au surplus, et à la grande surprise de son auteur, ce Sumo qui ne pouvait pas grossir a trouvé une singulière valeur d'usage : « Je reçois des messages de remerciements de parents qui offrent le livre à leurs enfants anorexiques. Refuser de grossir, c'est refuser de grandir, de vivre en somme. Moi, je ne savais pas que j'avais fait le portrait mental d'un anorexique. Tout cela ne prouve qu'une chose : ce sont les lecteurs qui donnent du sens à ce que nous écrivons. »

DE DECKER, JACQUES

L'Express - « La démo du sumo »

Une histoire simple, une fin heureuse et beaucoup d'humanisme... Le cocktail cher à Eric-Emmanuel Schmitt séduit toujours.

Pourquoi Schmitt plaît-il? Son dernier petit opuscule s'est en trois bonds hissé, comme les précédents, parmi les meilleures ventes et va voltiger encore dans les librairies avant, sans doute, qu'un comédien en quête de monologue ne le porte à la scène. Après Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose ou Odette Toulemonde, l'alpiniste du succès est, cette fois, un Japonais de 15 ans, vendeur à la sauvette qu'un maître d'école de sumo a repéré, malgré sa maigreur. «Je vois un gros en toi», lui rabâche-t-il. Il en fera un combattant charnu et, surtout, un homme, un disciple et un sage. Et la révélation finale complétera le tableau de famille comme les nuages couronnent le Fuji-Yama.

Les secrets d'Eric-Emmanuel Schmitt sont là: une fin heureuse, en point d'orgue à méditer; une histoire simple, enroulée autour d'une rencontre et enrobée de philosophie humaniste, du soufisme au zen; le mystère d'une culture étrange et étrangère, qui dévoile lentement ses richesses entre deux pacotilles paresseuses; enfin et surtout, une part d'enfance immarcescible, dont l'auteur nous conte les tourments maladifs, puis le paisible deuil. Autant de notes subtiles, et parfois doucereuses, qu'il ne peut se permettre au théâtre, royaume des fragrances fortes.

Christophe Barbier

Le Point - « La « Schmittmania » »

Succès. C'est un mince objet d'une centaine de pages, coûtant juste 10 euros : sous l'aspect d'une longue nouvelle s'offre un conte philosophique à portée universelle. Eric-Emmanuel Schmitt, auteur de théâtre joué de Paris à Berlin en passant par New York, romancier à succès et même réalisateur, a entamé un cycle sur les religions.

« Milarepa » évoquait le bouddhisme ; « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran », le soufisme ; « Oscar et la dame rose », le christianisme ; « L'enfant de Noé », le judaïsme. « Le sumo qui ne pouvait pas grossir », lui, résume l'essence du bouddhisme zen, avec l'aventure de Jun, sauvageon perdu à Tokyo, rompant avec les siens, rétif aux autres.

Un maître de sumo lui apprend peu à peu à s'accepter et à faire la paix avec lui-même ; un amour naît, vaille que vaille, une vocation apparaît. Schmitt, prof de philosophie, qui porte en lui le génie de la vulgarisation, conte, explique, enchante. C'est simple, complexe, limpide, bouleversant à la fois. Et chacun peut s'y reconnaître. Bref, on applaudit la performance et on en redemande.

Gilles Pudlowski

L'écho - « Quel livre zen ! »

102 pages toutes en légèreté. Il fallait déjà trouver l'idée. Un ado des rues de Tokyo se fait alpaguer par un maître de sumo. Ce dernier voit en cet enfant maigrelet : un gros. Le jeune incrédule se laisse convaincre de fréquenter l'école d'arts martiaux. Lui ne croit pas en lui, qui ne croit d'ailleurs en rien, va se révéler à lui-même, comprendre petit à petit qu'il est maître de son destin. Schmitt la joue minimaliste, il n'y a pas une ligne, pas un mot de trop dans ce roman. Et pourtant quelle richesse, quelle régal à la lecture.
C'est une leçon d'écriture, c'est du bonheur. Il ne faut pas rater la chute, elle est énorme...

B.A.

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