M. Ibrahim et les fleurs du Coran

Résumé

Deuxième volet du cycle de l'invisible

À treize ans, Momo se retrouve livré à lui-même.
Il a un ami, un seul, Monsieur Ibrahim, l'épicier arabe de la rue Bleue.
Mais les apparences sont trompeuses:
La rue Bleue n'est pas bleue.
L'Arabe n'est pas arabe.
Et la vie n'est peut-être pas forcément triste....

 

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Commentaires

« Bruxelles, 16 novembre 2004 Eric-Emmanuel Schmitt »

Il y a des textes qu'on porte si naturellement en soi qu'on ne se rend même pas compte de leur importance. On les écrit comme on respire. On les expire plus qu'on ne les compose.

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran fait partie de ceux-là. Ecrit en quelques jours sur un coin de table pour faire plaisir à un ami, il s'imposa à moi sans bruit et sans effort. Jamais je n'aurais pu imaginer qu'il connaîtrait tant de succès ni qu'il ferait le tour du monde ; encore moins que dans beaucoup de pays, je deviendrai désormais " l'auteur de Monsieur Ibrahim ".

Bruno Abraham-Kremer, ami et comédien, vint passer quelques jours chez moi, dans ma maison irlandaise, après un voyage en Turquie durant lequel il avait marché dans les paysages arides de l'Anatolie, visité des monastères soufistes, tourné avec les derviches pour prier… Il revenait tout imprégné de poèmes mystiques liés à l'Islam. Nous nous sommes mis à parler de Rumi, ce magnifique sage et écrivain, de l'humilité qu'il conseille, de la danse comme une prière. Au fur et à mesure que nous échangions, ma pensée s'élevait sur un tapis volant du côté de l'Orient.

Puisque une vie sage a souvent ses racines dans l'enfance, nous avons évoqué nos grands-pères, nous rendant compte qu'ils nous avaient marqués autant que nous les avions aimés. Sous les figures riantes et apaisées de nos aïeux, Monsieur Ibrahim montrait déjà son nez. Puis Bruno me raconta son roman familial, j'évoquais le mien…

Lorsque Bruno Abraham-Kremer me quitta, je lui promis que je lui écrirai un jour un texte qui mêlerait notre amour de cet Islam et les souvenirs de notre adolescence. En réalité, à peine était-il dans l'avion que je commençais à gribouiller. Momo parlait tout seul. Je n'avais qu'à écouter tout ce qu'il me dictait. Une semaine plus tard, j'appelais Bruno Abraham Kremer au téléphone.

- J'ai fait le texte que je t'avais promis.
- Ah, oui… tu as commencé ?
- Non, j'ai fini. Où es-tu ?
- A Paris. Dans la rue.
- J'ai envie de te le lire. Y a-t il un banc près de toi où tu pourrais t'asseoir ?
- Non. Mais il y a le bord du trottoir. Voilà, j'ai les pieds dans le caniveau : je t'écoute.
Et je lui lus d'une traite les aventures de Momo et de Monsieur Ibrahim. De temps en temps, pour m'encourager, il riait. Parfois, je ne l'entendais plus.
- Tu es toujours là ? Tu m'entends encore ?
- Je pleure…

A la fin, je conclus la conversation en lui disant que s'il voulait dire ce texte sur scène, je le lui offrais.
Immédiatement, je songeais à autre chose et me plongeais dans une nouvelle écriture. Pour moi, l'affaire était close. Texte de cœur écrit par cœur, Monsieur Ibrahim demeurait dans une sphère intime, je ne songeais pas vraiment à donner, sinon éventuellement au théâtre, une destinée publique à ce texte.
On ne me laissa pas faire.
Mes proches, mes amis, mon éditeur, tout le monde s'enthousiasma pour ce texte. Loin de me faire plaisir, ça m'agaçait un peu tant les compliments me paraissaient exagérés : pourquoi s'excitent-ils sur ces pages qui ne m'ont rien demandé alors que d'autres m'ont fait transpirer tant d'heures ? Comme tout être humain, j'aime ce qui m'a coûté, ce qui a exigé des efforts car j'y gagne l'estime de moi-même.
J'avais tort. La sueur n'est pas l'indice du talent. Le naturel vaut souvent mieux que force labeur, l'artiste doit admettre que certaines choses lui soient faciles : voilà ce que m'a appris le destin de Monsieur Ibrahim.

Qui sont Momo et Monsieur Ibrahim ?
Deux êtres auxquels personne ne prête attention. Momo, enfant solitaire, n'a plus qu'un père qui mérite à peine ce nom tant son état dépressif l'empêche de prendre soin de son fils, de l'éduquer, de l'instruire, de lui transmettre l'envie de vivre et ses principes. Quant à Monsieur Ibrahim, on lui demande juste de rendre la monnaie correctement. Ces deux êtres vont modifier leurs vies en se regardant. Cette rencontre va les enrichir comme jamais. On a beaucoup glosé sur le fait que l'enfant est juif et l'épicier musulman. On a raison. C'est très intentionnel de ma part. Par là, j'ai à la fois voulu témoigner et provoquer.

Témoigner car dans de nombreux lieux de la terre - des capitales européennes, des ports, des villes américaines, des villages du Maghreb - il y a une cohabitation harmonieuse d'êtres ayant des origines différentes, des religions différentes. A Paris, dans la rue Bleue où se passe cette histoire, une rue que j'ai habitée et qui n'est définitivement pas bleue, résidaient une franche majorité de juifs, quelques chrétiens et des musulmans. Ces citadins partageaient non seulement la rue, mais le quotidien, la joie de vivre, les ennuis, la conversation... Des amitiés ou des sympathies se nouaient entre gens qui venaient d'un peu partout, soit géographiquement, soit spirituellement.

Dans ce quartier populaire sous Montmartre, j'avais le sentiment de vivre dans un lieu riche et foisonnant, où les cultures se rencontraient, s'intéressaient les unes aux autres, plaisantaient de leurs différences, comme par exemple le vieux médecin juif qui expliquait à l'épicier musulman qu'il ne fêterait le Ramadan que s'il vivait en Suède, là où il fait nuit dès trois heures de l'après midi. Or l'actualité journaliste ne se fait l'écho qui de ce qui ne va pas, jamais de ce qui fonctionne bien. Ainsi réduit-elle de façon pernicieuse le rapport juif-arabe au conflit israëlo-palestinien, négligeant les plages d'entente et de cohabitation pacifique, accréditant l'idée d'une opposition irrémédiable. Sans nier le tragique du conflit, il ne faut cependant pas confondre le véritable bruit du monde avec une partie du monde, ni avec le fracas journalistique et politique. Il me semblait important de raconter une histoire heureuse de fraternité. Un de mes plus grandes fierté fut de découvrir que, par exemple, en Israël, les partisans de la paix, arabes, chrétiens et juifs, se servent de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran pour tenter de propager leurs espoir, le faisant jouer dans le même théâtre en alternance, un soir dans sa version arabe, un soir dans sa version hébreu…

Ma provocation fut de donner une image positive de l'Islam au moment où les terroristes défiguraient cette foi en se livrant à des actes immondes. Si actuellement l'islamisme insulte l'Islam, si l'islamisme infecte la planète, il nous faut d'urgence distinguer l'Islam et l'islamisme, arracher de nos coeurs cette peur irrationnelle de l'Islam et empêcher que l'on confonde une religion dont la sagesse millénaire guide des millions d'hommes avec la grimace excessive et mortifère de certains agitateurs.
Les histoires ont leur rôle à jouer dans notre vie intellectuelle, même les petites histoires qui présentent de petits personnages. L'amour qui unit Monsieur Ibrahim et Moïse, parce qu'il advient simplement dans des êtres de chair et de sang dont les sentiments nous sont proches, abolit notre peur de l'autre, cette peur de ce qui ne nous ressemble pas.
Monsieur Ibrahim apprend des choses essentielles à Momo : sourire, converser, ne pas trop bouger, regarder les femmes avec les yeux du cœur, pas ceux de la concupiscence. Il l'emmène dans un univers plus contemplatif et lui fait même accepter l'idée de la mort. Tout cela, Monsieur Ibrahim l'a appris de son Coran. Il aurait pu l'apprendre ailleurs mais lui l'a appris de son Coran. " Je sais ce qu'il y a dans mon Coran " dit-il sans cesse.

Lorsqu'il récupérera son vieil exemplaire, Momo découvrira ce qu'il y avait dans le Coran de Monsieur Ibrahim : des fleurs séchées. Son Coran, c'est autant le texte que ce que Monsieur Ibrahim y a lui-même déposé, sa vie, sa façon de lire, son interprétation. La spiritualité ne consiste pas à répéter mécaniquement les phrases à la lettre, mais à en saisir le sens, à en comprendre l'esprit, les nuances, la portée… La spiritualité vraie ne vaut que par un mélange d'obéissance et de liberté. Voici donc enfin l'explication qu'on me demande toujours, l'explication de ce mystérieux titre, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran.

Bruxelles, 16 novembre 2004
Eric-Emmanuel Schmitt

Critiques

Paris-Match - « A l'heure où le monde vibre plus que jamais des fanatismes ... »

A l'heure où le monde vibre plus que jamais des fanatismes de tous bords, où la religion prend les armes de la conquête , voici un magnifique spectacle en forme de conte qui réconcilie l'homme avec lui-même. [...] Le texte d'Eric-Emmanuel Schmitt est d'une simplicité et d'une humanité bouleversante. [...] On rit, on pleure, c'est prodigieux !

Hélène Kuttner

Telerama - « Elle est belle et généreuse, pleine de lumière ... »

Elle est belle et généreuse, pleine de lumière et de tolérance, l'histoire d'Eric-Emmanuel Schmitt. Interprétée et mise en scène avec une affectueuse et tendre simplicité par Bruno Abraham-Kremer, elle fait chaud au cœur et émerveille. Comme un conte arabe, comme un conte des Mille et une nuits qu'on vous susurrerait doucement à l'oreille.

Fabienne Pascaud

Le Figaro - « La fable est belle et toute en volutes : ... »

La fable est belle et toute en volutes : de l'aîné à l'enfant, du soufisme au jeune juif, deux fils qui s'enlacent formant un ruban moiré tout en sensibilité, notations profondes. Il y a du sens mais aussi la joie libre des histoires enchantés.

Armelle Héliot

Le Figaro Madame - « Eric-Emmanuel Schmitt a écrit un texte tout en drôlerie,... »

Eric-Emmanuel Schmitt a écrit un texte tout en drôlerie, douceur et gravité, qui nous mène de la rue Bleue à Paris au croissant d'or. [...] Gravité et fantaisie se mêlent dans ce spectacle au charme envoûtant, en forme de voyage initiatique qui débouche sur l'amour de soi, le seul qui permette de se réconcilier avec les autres. [...] On suit cette histoire avec l'envie que ça ne finisse pas. Un régal.

Marion Thébaud

Le Parisien - « C'est une jolie fable qu'a écrite Eric-Emmanuel Schmitt, ... »

C'est une jolie fable qu'a écrite Eric-Emmanuel Schmitt, et Bruno Abraham-Kremer en fait admirablement sortir la portée oecuménique qui respecte la grande tradition des conteurs arabes, sans renoncer un instant à  sa judéité et à  la forme d'humour qui en découle tout naturellement. Le récit, savoureux, pittoresque et drôle, s'avère émouvant sur le plan humain et instructif sur celui des idées.

André Lafargue

L'Express - « Bijou d'écriture, d'émotion, d'humour ... »

Bijou d'écriture, d'émotion, d'humour au service d'une histoire d'amour toute simple entre Momo, petit garçon juif, et le vieil épicier arabe de la rue Bleue à Paris. Eric-Emmanuel Schmitt dévoile là son altérité. Acrobate sur le fil, il réalise le rêve de Flaubert : " Ce qui me semblerait beau serait de faire un livre sur rien, sans attache extérieure. "

Martine de Rabaudy

Le Figaro - « C'est un conte à la Dickens. »

C'est un conte à  la Dickens. Nous sommes à  Paris, dans les années soixante. Momo treize ans, orphelin, a un seul ami, M. Ibrahim, l'épicier arabe de la rue Bleue. Façon de parler car la rue Bleue n'est pas si bleue et M. Ibrahim, s'il est musulman, n'est pas arabe mais turc. [...]On est ému plus qu'on ne voudrait. A la fin, même si l'on n'est pas convaincu, on est bouleversé.

Frédéric Ferney

V.S.D. - « Une vision noble et conciliante de l'humanité »

Une vision noble et conciliante de l'humanité. Un spectacle à  recommander à  tous ceux qui croient que l'Islam est une religion hystérique.

Arthur Georges

Le Pariscope - « Eric-Emmanuel Schmitt a écrit un " hymne à la vie. " »

Eric-Emmanuel Schmitt a écrit un " hymne à  la vie. ", plein de tendresse. Le parcours initiatique de Momo devient un peu le nôtre. C'est aussi une promenade dans le Paris populaire des années 60 où l'on croise des putes au grand coeur. L'écriture d'Eric-Emmanuel Schmitt est belle, Il y a de la folie comme chez Romain Gary. [...] Il nous donne vraiment envie d'être heureux !

Marie-Cécile Nivière

Le Point - « Une vision noble et conciliante de l'humanité. »

Une vision noble et conciliante de l'humanité. Un spectacle à recommander à tous ceux qui croient que l'Islam est une religion hystérique.

Frédéric Ferney

Le Figaroscope - « Eric-Emmanuel Schmitt a écrit un monologue d'une très belle sensibilité. »

Eric-Emmanuel Schmitt a écrit un monologue d'une très belle sensibilité.Ce n'était pas si simple, l'angélisme guettant un tel sujet. Mais Schmitt sait éviter les écueils des bons sentiments et résiste à  la tentation d'étaler sa culture religieuse. La qualité du spectacle tient beaucoup aussi à  l'interprétation de Bruno Abraham-Kremer, magnifique de tendresse et d'émotion. Seul en scène il impose sa belle humanité. On sort heureux.

Jean-Luc Jeener

Actualité Juive - « Une rencontre entre Orient et Occident... »

Une rencontre entre Orient et Occident. [...] Véritable hymne à la tolérance, à la convivialité aussi bien entre deux êtres d'origine différentes mais aussi entre un enfant et un adulte, ce texte nous rafraîchit et nous enchante.

Michèle Lévy-Taieb

La Tribune - « A l'heure où la paix agonise au Moyen Orient... »

A l'heure où la paix agonise au Moyen Orient, ce spectacle jubilatoire qui traite des relations interreligieuses parvient à  dynamiter pièges et clichés, évitant ainsi de sombrer dans l'angélisme gnangnan ou le parti pris énervant. [...] Une pièce truculente à  déguster en famille.

Yasmine Youssi

Impact Médecine - « Chemin faisant, monsieur Ibrahim ... »

Chemin faisant, monsieur Ibrahim transmettra à  Momo le sésame du " véritable amour de soi " qui seul permet de se réconcilier avec soi-même, et donc avec les autres. Son épicerie est une corne d'abondance.

Jean-Michel Ulmann

Publications

  • En langue Afrikaans, publié par les éditions Media24 Boeke / Human & Rousseau
  • En langue Albanaise, publié par Asdreni
  • En langue allemande, Editions Fischer Taschenbuch Verlag, traduit par Annette et Paul Bäcker et en livre de poche chez Fisher
  • En langue anglaise, paru aux Editions The Other Press en 2003, traduit par Marjolijn de Jager
  • En langue arabe, paru aux Editions Dar Al Shorouk
  • En langue basque, paru aux Editions Erein Argitaletxea, 2006
  • En langue bulgare, paru chez Lege Artis Publishing House
  • En langue Castillane, paru aux Editions Ediciones Obelisco en 2003 et chez Ediciones Destino en 2007 en livre de Poche
  • En langue Catalane, paru aux éditions Cruilla
  • En langue chinoise, paru aux Editions Eurasian Publishing en 2005, traduit par Lin Ya-Fen
  • En langue coréenne, paru chez Munkhak Segye-sa publishing co en 2005, traduit par Rosa Han
  • En langue croate, paru chez Edicije Bozicevic
  • En langue danoise, paru aux Editions Bjartur/HR Ferdinand en 2004, traduit par Elisabeth Ellekjaer
  • En langue estonienne, paru aux Editions Varrak
  • En langue finnoise, paru aux Editions Like Publishing en 2005, traduit par Mrja Haapio
  • En langue galicienne, paru aux Editions Faktoria K de Libros (Vigo- Pontevedra)
  • En langue géorgienne, paru aux éditions Bakur Sulakauri
  • En langue grecque, paru aux Editions Opera Book en 2002
  • En langue hébraïque, paru aux Editions Kinneret-Zmora-Dvir Publilshing en 2002
  • En langue hongroise, paru aux Editions Europa konyvkiado en 2005, traduit par Balla Katalin
  • En langue islandaise, paru aux éditions Bjartur Reykjavik en 2004, traduit par Guorun Vilmundardottir pyddi
  • En langue italienne, paru aux Editions Edizioni e/o Roma en 2003, traduit par Alberto Bracci Testasecca
  • En langue japonaise, paru aux Editions yumiko Ban en 2004
  • En lituanien, Editions Alma littera, 2005
  • Paru chez Wolters-Noordhoff (Edition scolaire) en français, 2007
  • En langue norvégienne, paru aux Editions Lanser Forlag en 2002, Traduction Willy Flock
  • En langue perse
  • En langue polonaise, paru aux Editions Wydawnictwo Znak en 2004, traduit par Barbara Grzegorzewska
  • En langue portugaise, paru aux Editions Ambar en 2003, traduit par Carlos Correia Monteiro de Oliveira
  • En langue portugaise, paru aux Editions Marcador en 2013, traduit par Luzia Almeida
  • En langue portugaise (Brésil), paru aux Editoria Nova Fronteira en 2003, traduit par Jannaina Senna
  • En langue roumaine, paru chez Humanitas en 2007
  • En langue russe, paru aux Editions Azbuka en 2004
  • En langue serbe, paru aux Editions Laguna en 2001, traduit par Ana Stosic
  • En langue slovène, paru aux Editions Vale-Novak
  • En langue suédoise, paru aux Editions Storm Forlag en 2004, traduit par Till Svenska et Asa Larsson
  • En langue turque, paru aux Editions Bilge Kültür Sanat en 2004, traduit par Bahadirhan Bozkurt
  • En langue Ukrainienne, paru chez Calvaria

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