Résumé
Avec Milady, Éric-Emmanuel Schmitt a conçu une nouvelle adaptation nerveuse, riche en rebondissements, pleine d'esprit, d'humour et d'émotion inspirée par le roman populaire d'Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires. Milady entraînera les spectateurs dans un tourbillon d'actions, de sentiments rocambolesques, de duels sensationnels et d'imagerie épique.
Critiques
L'Avenir - « Les ruines de Villers à la merci de “Milady” »
Le Soir - « De cape, d’épée et de dentelles »
La Nouvelle Gazette - « Villers-la-Ville accueille une troublante Milady »
Commentaires
« Si Les Trois mousquetaires est... »
Si Les Trois mousquetaires est une histoire de garçons qui plait tant aux garçons, c'est parce qu'il y a, en son centre secret, une femme incroyablement belle, intelligente et sensuelle, imprévisible, dont l'étreinte peut-être délicieuse ou mortelle, parfois les deux ensemble : Milady de Winter.
Elle est la première « femme fatale » de ma vie... Celle qui attire au-delà du raisonnable, créant l'extase, le plaisir, le romanesque, l'intense jusqu'à la perte... Pour elle, à l'âge de huit ans, j'ai eu d'emblée les yeux de d'Artagnan.
Soyons francs : avec Constance Bonacieux, d'Artagnan vit des amours pépères, confiantes, calmes, qui sentent le pot-au-feu ; oui, Constance - comme son nom l'indique -, c'est le genre de femme qui vous transforme en époux, en Monsieur Bonacieux, même si vous êtes son amant ; avec elle, vous vieillirez et vous prendrez du ventre. Milady, au contraire, c'est l'aventure, la course, le manque de sommeil, les surprises, les trahisons, l'incertitude, le sexe forcené, les remords, les espoirs, les promesses démenties, les petits matins fourbus. Avec elle, ce sera riche, exaltant et ça finira mal. La vie, quoi...
Lorsque j'avais huit ans, je n'éprouvais aucun intérêt envers les livres qu'on me procurait, ces romans de la bibliothèque rose ou verte écrits pour la jeunesse, ragoûts fades qui ne me laissaient aucun souvenir ; j'ai même cru, avec un soupçon de honte, que, contrairement à mes proches, je n'aimerai pas lire.
Les Trois Mousquetaires ont changé mon destin. Ces cinq cents pages m'ont passionné. Alexandre Dumas me donnait le goût de la lecture - et de l'existence adulte. Soudain, mon coeur battit à l'unisson des personnages, tantôt d'Artagnan, tantôt Athos, tantôt Aramis, soudain proche de Richelieu, devenant Buckingham, explorant pour la première fois la complexité de l'âme humaine.
Il n'y avait qu'un seul personnage auquel je ne m'identifiais pas, c'était Milady de Winter. Et pour cause : je subissais sa séduction.Je découvrais alors un de mes points faibles, qui serait une constante des années à venir : j'adore les garces qui ont de l'allure.
Avec le temps, j'ai approfondi - j'espère - ma relation avec ce genre de sublimes scélérates et j'ai tenté d'approcher leur mystère.
Ainsi, en voyant Milady, cette version des Trois Mousquetaires qui prend l'aventurière comme personnage principal, vous aurez sans doute la surprise de comprendre ce monstre sans la juger. Car, si elle est souvent bourreau, elle est autant victime. Quoiqu'elle attaque, elle se défend aussi, et avec les armes que lui laisse une société dure, intolérante, qui ne veut pas d'elle.
Même si le spectacle aura l'apparence d'une comédie d'aventure, c'est une tragédie qui se joue en dessous, une tragédie complexe, car Dumas, grand auteur malgré ses nègres ou ses négligences, a créé un univers complexe, ambigu où aucun de ses personnages, ni d'Artagnan, ni Richelieu, ni Milady, n'a un comportement clair, parfait, moralement droit ou acceptable. Ils vont au bien ou au mal en fonction de leurs désirs ou de leurs intérêts. Impurs, tous.
En écrivant cette Milady, j'ai éprouvé à la fois un plaisir d'enfant et un plaisir d'adulte : retrouver la palpitation de cette histoire qui m'a tant fait vibrer autrefois et ajouter la maturité de mon regard.
Je vous propose donc, avec cette Milady de soie, de dentelles et de poignards, la version féminine des Trois mousquetaires.
Voire la version féministe ?
Eric-Emmanuel Schmitt